Mercredi 21 octobre 2009

La puissance de l’intuition (6) – devenir intuitif ?... 

 

Cet article conclue notre série "La puissance de l'intuition" - il importe, à ce stade, de fournir quelques pistes opérationnelles. Pour répondre à la question "Comment devenir (efficacement) intuitif ?", je me suis tourné vers certaines expériences scientifiques réalisées ces dernières années. Les résultats, parfois dérangeants, nous fournissent un éclairage utile quant à la manière de prendre une décision selon la complexité de la situation.

 

« Enfouie profondément en chacun d’entre nous, une attention ressentie avec le cœur constitue – pour peu que nous lui permettions – notre guide le plus fiable. »  - Prince Charles

I – L’intuition – résultat d’un apprentissage conscient 

Les influences majeures de l’intuition selon KAHNEMANN et TVERSKY 
Rappelons ici les 2 phénomènes proposés par Daniel KAHNEMANN et Amos TVERSKY comme étant à l’origine du processus de fonctionnement du mental intuitif. 

Influence 1 – L’humain a la capacité de développer des raccourcis mentaux évolués, nommés heuristiques, qui permettent des jugements efficaces et rapides. Ces repères perceptuels fonctionnent généralement bien mais peuvent aussi, à l’occasion, déclenché des illusions et des défauts de perception. 
Influence 2 – Nos intuitions seraient générées par des associations, que nous avons construites ou apprises, entre nos perceptions et nos représentations. Elles refont surface automatiquement sous forme de sentiments qui guident nos jugements. 

L’apprentissage intuitif 

Si l’expérience forme notre intuition alors si nous apprenons à associer certains repères (visuels) avec des sentiments particuliers, différents jugements devraient donc devenir automatiques. 
Et c’est bien ce qui se passe. Les exemples ne manquent pas. L’expert comptable n’a pas toujours besoin de dérouler une longue et minutieuse démarche systématique pour identifier les anomalies d’un document comptable. Parfois, un simple coup d’œil suffit. Ses yeux se portent automatiquement sur différents postes comptables et un sentiment émerge de ce parcours qui relève du « savoir-faire ». Ce sentiment guidera ses analyses ultérieures. Ceci est vérifié dans tout métier. 
Il en va de même des maitres du jeu d’échecs qui d’un simple regard sur l’échiquier décide en quelques instants du coup à jouer. Une étude a estimé que ces experts des échecs pouvaient emmagasiner dans leurs mémoires jusqu’à 50 000 séquences de jeu.

 

II – L’intuition – résultat d’un apprentissage inconscient 

Les résultats exceptionnels de la décision intuitive

Dans une expérience menée il y a quelques années à l’université d’Erfurt (Allemagne), Tilmann BETSCH (Université de Heidelberg) et son équipe ont submergé les participants d’informations sur les performances de divers titres financiers de sorte qu’il leur fut impossible de s’en souvenir en intégralité. Toutefois, après coup, ils firent preuve d’un « degré de sensibilité remarquable » à retrouver « intuitivement » les performances de chaque titre. 
Plus récemment une étude menée par Loran NORDGREN (Management & Organizations) et ses collègues Ap DIJKSTERHUIS, Maarten BOS, and Rick VAN BAAREN de l’université Radboud de Nijmegen (Pays Bas) a fourni des résultats étonnants sur l’influence de la réflexion dans le processus de décision. 
Publiés dans Science, leurs travaux soulignent la valeur des décisions immédiates et non réfléchies en situation de choix complexes – la plupart des meilleures décisions étant prises en l’absence d’une délibération attentive et minutieuse. 

Contrairement à ce que le « bon » sens nous commande, il est parfois préférable de laisser tomber les analyses et les délibérations portant sur les avantages et les inconvénients de divers choix possibles et de passer en pilotage automatique pour prendre sa décision. 

L’expérience de L. NORDGREN et de son équipe
Un premier groupe de participants prenait connaissance de 4 caractéristiques de chacune des 4 voitures choisies pour l’expérience (situation « simple »). Certaines caractéristiques sont positives, d’autre négatives : le modèle A possède un bon kilométrage, le modèle B laisse peu d’espace pour les jambes, etc…) 
Un second groupe devait prendre connaissance de 12 caractéristiques pour chacune des 4 voitures (situation « complexe »). 
Dans chaque groupe, une moitié des participants devaient réfléchir attentivement afin de classer les 4 voitures par ordre de préférence compte tenu des caractéristiques dont ils avaient eu connaissance. 
L’autre moitié fut informée qu’elle devrait, elle aussi, classer les 4 voitures par ordre de préférence. Mais, on ne lui laissa pas le temps d’y réfléchir : les participants furent immédiatement soumis à des jeux de réflexion (de type mots croisés, mots fléchés, etc…). Au bout de 2 minutes, on leur demanda de prononcer sans délai leurs choix de classement des 4 voitures. 

Les résultats furent significatifs 
> En situation simple (4 caractéristiques), les participants qui ont eu le temps de réfléchir ont réalisé les meilleurs classements. 
> En situation complexe (12 caractéristiques), ce sont les participants qui n’ont pas eu le temps de la réflexion (car distraits par des jeux) qui ont « spontanément » fournis les meilleurs résultats. 

NORDGREN et son équipe ont réitéré cette expérimentation en « situation réelle » et non plus en laboratoire. Ils ont choisi un protocole plus sophistiqué portant sur un panel de biens de consommation diversifiés et ont analysé la pertinence des choix des consommateurs en fonction du nombre de caractéristiques d’un produit (situation simple ou complexe) et selon le délai de réflexion consciente imparti au consommateur pour faire son choix (réflexion / non réflexion).  Ils ont obtenu sensiblement les mêmes résultats ! 
  

Conclusion 

Les quelques incursions empruntées à la neurologie, à la psychologie, à l’économie et au management opérationnel que nous avons réalisées au fil de cette série d’articles sur la puissance de l’intuition arrivent à leur terme. 

Le sujet est si vaste que je n’ai pu en livrer qu’un aperçu. Nul doute qu’un grand nombre d’auteurs auraient pu être cités et d’autres théories exposées. Un choix s’imposait. Comme à note habitude, il était essentiel que des enseignements pratiques puissent être tirés de ces quelques articles. 

Je concluerai donc en m’inspirant à nouveau de Loran NORDGREN. Ses recommandations, qui tiennent en quelques lignes, peuvent être éclairantes. J’espère qu’elles pourront être utiles à celles et ceux qui doivent faire face à un choix crucial et difficile, en environnement complexe et incertain. 

La prise de décision inconsciente fonctionne bien lorsqu’elle orientée vers un but. Il importe d’être motivé et guidé par une intention de résolution d’un problème qui s’impose à soi . Lorsque toutes les informations nécessaires ont été obtenues, il suffit de divertir son attention sur toute autre chose. Le mental inconscient faisant le reste à notre insu. Tout est question d’intention et de confiance (dans sa capacité à faire de « bons » choix inconscients). 

Une démarche trop simple peut-être ?...

Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr

 

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Bonjour

Je vous remercie d'avoir accepté ma demande de mise en relation. Je suis en viadeo gratuit pour l'instant, dons je vous réponds par messagerie.

En fait je m'interrogeais sur les faits suivants :

"Or, pour permettre à l'hémisphère droit, donc à l’intuition, de s’exprimer, il pourrait être recommandé de rompre l’incessant dialogue intérieur entretenu par (l’égo élaboré dans) l’hémisphère gauche. Deux moyens peuvent être proposés : 
- Tenter de taire le dialogue intérieur en le saturant de sensations et de ressentis. 
- Tenter de saturer le dialogue intérieur en l’intensifiant jusqu’à ce que, épuisé, il permette à notre énergie psychique de se reporter dans l’hémisphère droit. "

Je voulais échanger avec vous car vous proposez deux alternatives qui me paraissent "bizarres", pour ne pas dire tortionnaires. Pour ma part, je pense être quelque'un qui utilise aussi bien son cerveau droit que son cerveau gauche. Très imaginative et créative, j'ai ensuite fait des études scientifiques qui m'ont fait utiliser majoritairement mon cerveau gauche et mon côté rationnel. Mais l'autre s'est manifesté régulièrement, jusqu'à ce que j'entende son "eh toc toc je suis là". Et je me suis rendue compte qu'en tant que manager (directrice salarié) , mon intuition me donnait de meilleurs résultats que ma raison. J'ai cessé d'être shkizophrène, et je sais mieux maintenant quand j'utilise mon cerveau droit et quand j'utilise le gauche. C'est à travers du développement personnel et la volonté d'écouter les messages spontanés venant sous forme d'image ou d'idées flash que j'ai appris à écouter mon intuition. Ensuite, le raisonnement venait au service de cette intuition.
Le plus difficile pour moi en tant que manager a été de faire passer cela auprès de mes collaborateurs, tous cerveaux gauche. Comment leur expliquer que j'étais sûre d'avoir raison ? Les faits ont toujours été en ma faveur, mais pour cela je me suis fait harcelée...J'ai donc pu, selon moi, expérimenté mon intuition et m'apercevoir qu'elle me servait, et j'ai réellement compris combien il n'était pas toujours facile d'être visionnaire et d'avoir raison. J’ai lu aussi ce que vous avez écrit à propos de celui qui vérifie son intuition le valide par son auto-influence, mais pour moi il me semble avoir été réellement dans un « avant, influencé (ou formatée ) par un gavage de cerveau (maths sup et spé bio ou j’étais majeur de promo), et un « après », ou je m’apercevais qu’il était naturel d’utiliser d’abord mon intuition puis de mettre mon raisonnement au service de celle-ci, plutôt que de me masturber l’esprit à utiliser d’emblée le raisonnement. Il est fort possible, d’ailleurs, que le résultat soit le même pour moi, simplement dans le cas ou j’utilise d’abord mon intuition, j’y gagne en temps, en énergie et en disponibilité d’esprit… L’énergie est alors mobilisée à l’accomplissement de l’action.

Pour ma part, lorsque je n’écoute pas mon intuition et que je me trompe, ou au contraire que je crois écouter mon intuition et que je me trompe, c’est qu’il y a eu interférences avec des émotions.

 Tout cela pour dire que pour moi au contraire, l'intuition et l'utilisation du cerveau droit est quelque chose qui peut se faire très facilement, il suffit de se connecter à soi, non pas de se saturer ou de s'épuiser ???

Je sais que de nombreux auteurs aiment à s’entendre dire que l’intuition s’appuie sur des faits déjà présents, et des circuits rapides nous font ressortir l’information plus vite, et que ce que l’on prend comme intuition est une accélération du raisonnement. Je croyais moi aussi cela, mais, par ma curiosité (scientifique) qui m’a poussé à expérimenter et faire mes propres expériences, j’en suis à me poser la question s’il n’existerait pas une intuition « acquise », qui viendrait de notre inconscient, et une intuition que serait véritablement une 6eme sens, capable de percevoir des éléments de l’environnement non encore intégrés dans le cerveau.

Voilà ma réaction à votre article, il est possible que je n'utilise pas les mêmes mots pour dire les mêmes choses, et je cherche simplement à donner mon témoignage sur un sujet qui passionne.

Respectueusement


Marie-Pierre Demon, 
www.epee-et-chemins.fr, info@epee-et-chemins.fr


Bonjour,

Je conçois que les deux moyens proposés soient assez inhabituels. L'approche de Haute Performance consiste en effet à exposer des approches non-conventionnelles. Autrement, quelle serait son utilité ?... Mais ne soyons pas absolutistes. Tout moyen proposé constitue une alternative et, en aucun cas, une manière d'agir "permanente". Vous aurez noté que chacune des 2 propositions commence par le verbe "tenter". C'est à la fois dans le sens d'une tentive au sens de s'essayer à quelque chose de nouveau autant que dans le sens d'une (bienveillante) provocation (sous entendu : vous constaterez que ce n'est pas si facile). Ne voyez là aucune invitation à une quelconque "mutilation" de vos facultés... Rien de pire que d'avoir le sentiment d'avoir raison et de vouloir en convaincre les autres. Les conséquences sont trop bien connues.

De toute façon, nul(le) n'est infaillible. Admettre (sincèrement) qu'on peut se tromper est une forme de respect et de bienveillance envers soi-même avant tout chose...Preuve en est, votre intuition ne semble pas vous avoir permis d'anticiper les réactions des personnes qui s'en sont prises à vous. Je conçois donc bien votre "peine".

"Se connecter à soi" dites-vous. Bien... Mais comment ? La manière de faire, si elle est claire, doit pouvoir s'exprimer simplement et de manière compréhensible pour les autres. Pour ma part, je crains qu'une telle formulation (typique des mouvements "new-age") demeure, hélas, obscure. Qu'est-ce qui se connecte à quoi ? "Je" étant déjà, comment se connecterait-il à un autre qui serait lui-même et par quelle voie ? C'est une question de dialectique à l'image des "réflexions" de Parménide (cf - Platon). 
Je l'avoue, j'apprécie assez les approches pratiques et opérationnelles que l'on peut exprimer et partager utilement. Il a bien sûr des limites à tout... Mais cela vaut peut-être la peine d'être tenté.

Bien cordialement.

Erwan BUREL
www.haute-performance.fr


Bonjour,

Merci de votre réponse. Je suis en cheminement sur la question de l’intuition, et il est vrai que tout point de vue est bon à prendre, et ce que j’aime dans votre approche c’est qu’elle m’incite à continuer à me poser d’autres questions. 

Je sais que de nombreux auteurs aiment à s’entendre dire que l’intuition s’appuie sur des faits déjà présents, et des circuits rapides nous font ressortir l’information plus vite, et que ce que l’on prend comme intuition est une accélération du raisonnement. Je croyais moi aussi cela, mais, par ma curiosité (scientifique) qui m’a poussé à expérimenter et faire mes propres expériences, j’en suis à me poser la question s’il n’existerait pas une intuition « acquise », qui viendrait de notre inconscient, et une intuition que serait véritablement une 6eme sens, capable de percevoir des éléments de l’environnement non encore intégrés dans le cerveau.

Pour expliciter le « se connecter à soi », pour moi, je peux tenter de l’expliciter davantage, puisque chez moi il y a « un avant », et « un après ». Avant, j’étais speed, et je considérais le silence comme inutile et perte de temps, et dans mes pensées se mélangeait tout : des réflexions, des interrogations, des peurs, d’autres émotions. Puis un jour quelqu’un m’a appris à me relaxer. Pas besoin de grand-chose ni de faire appel au « new age », il suffit de se laisser guider au départ par une voix, une musique, n’importe quel disque de relaxation ou sophrologie. Alors, petit à petit, on apprivoise le silence, et ensuite on s’aperçoit que derrière ce silence, ce calme intérieur, il n’y a pas de vide mais au contraire une source d’idées, d’images, qui nous apportent des réponses. Alors, par l’entraînement, (il faut aussi s’entraîner pour faire de la course en endurance pour améliorer ses performances) on se rend compte que l’on peut laisser de côté réflexions, interrogations, peurs, pour laisser place à cette petite voix qui elle semble nous donner de bons conseils : c’est elle que je nomme l’intuition. Mais je n’ai pas encore fini de l’apprivoiser, je dois continuer à m’entraîner. 

« Rien de pire que d'avoir le sentiment d'avoir raison et de vouloir en convaincre les autres. Les conséquences sont trop bien connues ». C’est tout à fait vrai. Comme j’aime expérimenter, sans doute avais-je besoin de le faire (ça, c’est fait, on peut barrer…lol). C’est aussi bien par l’expérimentation, l’action et les erreurs que l’on progresse. Et depuis, j’ai compris et adopté une autre position qui me permets de mieux guider les autres, de les éclairer et non les éblouir. 

Merci donc pour votre article qui m’incite à creuser encore le sujet sous d’autres angles, mon objet est d’apporter un témoignage pour continuer à avancer et à comprendre nos formidables potentialités, ne serait-ce que pour améliorer encore la façon dont j’accompagne les autres. 

Et sinon, concrètement, vous avez déjà « tenté » vos deux propositions, ou sont-elles pour l’instant des théories, des pistes de travail ? Cela m’intéresse de le savoir. 

Très cordialement, toujours dans le plaisir de l’échange

Marie-Pierre Demon
www.epee-et-chemins.fr, info@epee-et-chemins.fr


Bonjour,

 

Merci d'avoir pris le temps de nous apporter votre témoignage. 

 

Si l'intuition semble difficilement répondre à une seule définition, c'est sans doute en raison de sa nature même qui nous échappe. Plus exactement, l'intuition se met difficilement en mots puisqu'elle n'est pas issue du processus habituel de notre activité intellectuelle. 

 

Il peut donc même paraitre paradoxal d'avoir écrit 6 articles pour aborder un sujet réfractaire aux explications. C'était peut-être là une manière d'approcher les limites de ce concept et d'entrevoir, je l'espère, quelques moyens de s'en approcher un peu plus encore.

Ainsi, les 2 propositions que j'ai avancées sont manifestement très simples. Elles relèvent du principe qui consiste à se détâcher volontairement du problème auquel nous sommes confrontés en "se divertissant" et non pas en explorant toutes les possibilités offertes au risque de se perdre en conjectures.

 

Comme l'ont montré les expérimentations menées dans le cadre de recherches universitaires en "psychologie cognitive", cette stratégie permet d'obtenir d'excellents résultats dans la résolution de problèmes complexes. Je n'y reviendrai donc pas ici ayant déjà développé cela dans les articles eux-mêmes.

 

Donc, la réponse est "oui, ça marche" ! Ce n'est pas une théorie "fumeuse" et je ne suis pas le seul à le dire...

 

Bien cordialement.

 

Erwan BUREL

www.haute-performance.fr

 

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