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Vendredi
16 octobre 2009
La puissance de l’intuition (4) - quelques bonnes raisons de s'en
méfier…

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HAUTE PERFORMANCE
Nous poursuivons ici notre série d’articles sur la puissance de l’intuition.
Dans notre premier article, nous avons distingué l’intuition de l’instinct avec l’appui de découvertes majeures réalisées en neuropsychologie, en insistant sur le rôle central des émotions (système limbique) dans ce processus de décision.
Dans le second, nous avons exposé les principaux arguments en faveur du recours à l’intuition dans la prise de décision en situation complexe, tout en précisant ce que l’intuition n’est pas.
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Dans ce troisième volet, nous prendrons le contrepied de cette tendance à sacraliser l’intuition dans la prise de décision. Dans cette perspective, nous écouterons Eric BONABEAU, PDG de Icosystem – cabinet de conseil en innovation technologique à Cambridge - affirme : « Ne vous fiez pas à votre flair » [1]. « Séparée de la rigueur de l’analyse, l’intuition est un guide versatile et à la fiabilité incertaine qui conduit aussi bien au désastre qu’au succès » nous dit-il.
Sans le suivre tout à fait dans sa prise de position, nous en retirons tout de même quelques précautions à adopter lorsqu’il est question d’intuition.
I - L’intuition n’est pas fiable
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Pour 1 success storie combien de cas où l’intuition mena à un échec ?
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Nous avons tous entendus les récits d’hommes et de femmes qui ont eu des intuitions remarquables au point d’avoir assuré leur fortune et leur renommée. Nous voulons croire en leur réalité et voir ainsi à l’origine de leur parcours une inspiration et une vision sinon géniales du moins exceptionnelles. C’est une alternative enthousiasmante à la représentation pénible et laborieuse de l’entreprise qui met en œuvre des démarches et des méthodes fondées sur le recueil de données, le chiffrage, l’analyse, la planification et la division du travail. En comparaison, l’intuition nous fait rêver tant elle incarne la promesse d’une réussite sans effort.
Toutefois, le désir de croire en cette représentation romantique et plaisante nous rend aveugle aux aspects moins séduisants de l’intuition. Ainsi, comme dans bien des domaines relevant de l’irrationnel, l’esprit humain a tendance à occulter certains aspects de la réalité.
En l’occurrence, il est plus rarement fait mention de tous les cas d’échecs de l’intuition. Si Fred SMITH eut l’idée originale de créer un service de transport dédié aux entreprises et qu’il créa la brillante Fed Ex en dépit des mises en gardes et des critiques qui lui furent adressées, il fut aussi responsable du lourd échec de ZapMail, un réseau de communication privé. De tels exemples sont nombreux.
Occulter le passé pour mieux le réinventer
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Certains gagnants du loto sont convaincus d’en avoir eu l’intuition. C’est oublier un peu vite toutes les fois où leur espoir de gagner les a poussé à croire que c’était imminent alors que les faits démontrèrent le contraire. Que dire de celles et ceux, l’immense majorité, qui malgré ses intuitions ne gagnera jamais et qui, bien au contraire, y laissera des sommes considérables.
Voir des signes et une connaissance cachée
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L’humain est porté à voir des répétitions de schémas, de séquences ou de codes qui expliqueraient et prédiraient les évènements à venir là où il n’y a que pur hasard. Je serais tenté de baptiser « syndrome du code caché » cette « intuition » qu’il existerait une « autre » logique.
Refusant d’être soumis à la complexité et à la stochastique des faits et souffrant de sa propre ignorance, le mental pousse l’humain à croire qu’il peut comprendre et maîtriser son environnement. Cette intuition peut fournir de bons résultats comme elle peut en fournir de très mauvais, au gré du hasard…
Etre l’écho du « village global »
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Plus que jamais grâce aux nouveaux medias que nous consommons abondamment (TV, internet,…), nous recevons de multiples informations en quantité vertigineuse. Le développement de la communication et des échanges d’information via les outils du « web 2.0 » donne l’illusion que la Terre est devenue comme un « village global » en raison de l’apparente proximité des relations que nous entretenons tous les uns avec les autres.
A notre insu, nous enregistrons beaucoup plus d’informations que nous ne l’imaginons. Subliminales, ces idées nous « reviennent » à l’esprit comme si elles étaient le fruit de notre propre réflexion, ce qu’elles ne sont pas. Nous pouvons alors prendre pour « intuition » des représentations et des schémas de pensée et d’expression qui se sont inconsciemment imprimés dans notre mémoire.
II – L’analyse reste notre faculté maîtresse en toute circonstance
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E. BONABEAU réfute l’affirmation selon laquelle l’intuition gagne en validité lorsque la complexité de la situation augmente. Certaines expérimentations montrent qu’en effet, l’intuition serait d’autant plus performante (fiable et robuste) qu’elle s’appliquerait à une situation complexe aux paramètres et aux options de décision multiples. Nous reviendrons plus en détail sur ce point dans notre prochain article.
Considérant que l’affirmation contraire est tout aussi vraie, il déclare que plus nous avons d’options à évaluer, plus nous disposons de paramètres à soupeser. Plus les défis auxquels nous devons faire face sont nouveaux, moins nous devrions compter sur notre « instinct » et bien plus sur notre faculté de raisonnement et d’analyse.
Cependant, si l’intuition est proche de l’instinct alors elle fonctionne comme un système de reconnaissance de séquences ou de schémas qui par analogie confronte et rapproche les informations que nous avons perçues avec des expériences mémorisées. (lire La puissance de l’intuition(1) – la force de l’instinct). On pourrait alors se demander pourquoi ce système serait moins performant dans des cas simples plutôt que dans des cas complexes. Les instincts de base sont bien des réflexes : un stimulus « simple » déclenche automatiquement une réaction pré-programmée (attaque/contre-attaque, attaque/fuite, etc…). N’en serait-il pas de même de l’intuition mais à un niveau plus évolué capable de créer des séquences nouvelles à partir de séquences existantes ?
Pour E. BONABEAU, la seule solution efficace pour répondre à la complexité, c’est-à-dire pour traiter une grande quantité d’information en peu de temps, est la technologie. Les nouvelles technologies de l’information permettent de stocker, trier et exploiter des volumes de données qui auraient paru incroyables il y a seulement quelques décennies. Alliées à l’expérience, à une faculté d’analyse aiguisée et au bon sens, ces nouveaux outils de décision offrent des capacités que l’intuition ne permettra jamais.
« Très souvent, les gens font un travail brillant jusqu’au niveau de l’encadrement intermédiaire, où la prise de décision est en nombre très important. Lorsqu’ils accèdent aux postes de senior management où les problèmes sont plus complexes et ambigus nous découvrons que leur jugement ou leur intuition ne sont pas ce qu’ils devraient être. »
Ralph LARSEN – PDG de Johnson & Johnson
III –Tromperies les plus fréquentes
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Sans exagérer ni extrapoler son propos, je ne peux suivre E. BONABEAU dans son raisonnement s’il considère que l’intuition est faite tromperies de toutes sortes. Car s’il s’agit de tromperies, c’est qu’il ne s’agit pas d’intuitions.
La nature même de l’intuition est difficile à définir. Je propose néanmoins de tenter d’écarter ce qu’elle n’est pas.
- Mystification - Clairvoyance, vision « inspirée » - le leader, intuitif, n’a ni boule de cristal, ni jeu de tarot ancien. Il n’est pas non plus adepte d’une transe chamanique…
- Carence - Impression fondée sur un défaut d’analyse – c’est l’apanage de certaines personnes qui qualifient d’intuition ce qui n’est, au fond, qu’un choix irrationnel fondé sur une paresse ou une incapacité à conduire une réflexion « éclairée »
- Leurre - Choix fait « au hasard » - si le choix d’une option parmi l’ensemble des options possibles n’est pas fondé sur une certitude et un sentiment intérieur fort et que tout autre choix est estimé équivalent alors ce n’est pas une intuition.
- Méprise - Evidence « commune » : on a tous déjà entendu une personne dire « j’ai l’intuition que…. » alors que ce qu’elle « révèle » n’est au fond qu’une évidence ou, pour le moins, une option manifestement très probable.
Sans doute, l’intuition n’est-elle pas non plus bon nombre d’autres choses encore… Mais, nous avons là les cas de tromperie les plus fréquents.
Si nous voyons un peu mieux ce que n’est pas l’intuition, sans doute
pouvons nous, au moins, préciser quelques une de ses caractéristiques
:
> Soudaineté de l’impression – l’intuition ne se commande
pas contrairement à l’analyse. Elle surgit ou émerge d’une situation
de manière imprévue. Elle surprend.
> Etrangeté du sentiment – l’intuition s’accompagne toujours
d’une impression, d’un sentiment fort, intense et qui comporte un
aspect inhabituel ou dérangeant au point de générer éventuellement un
conflit intérieur, voire une opposition avec les autres personnes parties
prenantes à la situation, l’activité ou le projet concerné.
> Vérifiabilité par les faits – l’intuition n’a de sens et
de valeur qu’à partir du moment où est elle vérifiable. Elle n’en
est pas forcément explicable pour autant : ce qui ne signifie pas qu’il
faille se dispenser d’en chercher quelque explication !
Même si l’intuition conduit parfois à des échecs, et il y en a, il ne faut pas oublier que c’est le cas aussi de la raison. Des analyses très poussées ont pu conduire certains projets à des catastrophes. Ce n’est qu’a posteriori que la cause de l’échec est apparue évidente au point d’affirmer (un peu facilement) qu’il aurait fallu approfondir plus encore la réflexion afin d’éviter tel ou tel désastre.
Peut-être même que dans certains cas, ce n’est pas l’intuition qui est en cause mais bien au contraire l’analyse. Cette même analyse qui aurait dû servir efficacement l’intuition en lui fournissant tout l’outillage nécessaire à sa mise en œuvre (chiffrage, analyse, planification, etc…) comme nous en avions conclu notre précédent article.
L’intuition serait cette « intégration dans le subconscient de toutes les expériences, conditionnements et connaissances accumulés durant la vie, y compris les aspects culturels et émotionnels de cette même vie.
» Bruce HENDERSON – fondateur du Boston Consulting Group
Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr
Référence :
[1] « Don’t trust your gut » - Eric BONABEAU – Harvard Business Review – Mai 2003
Eric BONABEAU est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont “The swarm intelligence”, co-écrit avec Marco DORIGO et Guy THERAULAZ. Le célèbre romancier Michael CRICHTON qui avait d’ailleurs rencontré E. BONABEAU reconnait l’influence de cet essai dans son roman « La proie » qui a pour thème les promesses prodigieuses des nano-technologies .
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