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Mercredi 14 octobre 2009
La puissance de l'intuition (3) - pour une prise de décision efficace

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C’est un lieu commun : le leader est celui qui est guidé par une vision. Son intuition en ferait un visionnaire. Voilà, nous dit-on, une différence majeure entre le leader et le manager. On se rappellera ici des travaux de Abraham ZALEZNIK et là de ceux de Gretchen SPREITZER.
Nait-on leader ? Peut-on le devenir ? Peut-on devenir efficacement intuitif ?
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L’intuition a été valorisée au point de s’inviter dans tous les domaines et d’être présentée comme la solution (géniale ou magique) aux problèmes les plus insolubles. Le sport, les jeux de réflexion (les échecs), le management, le commerce, la politique ne manquent pas de recourir à l’intuition. Inspiration, intelligence et humanité en seraient les attributs. Alors, finies les réflexions, les analyses et la confrontation des idées et des options possibles si laborieuses, fatigantes et aux issues incertaines ?
Selon certains, l’intuition serait une compétence indispensable à la prise de décision en situation complexe. Plus fiable et plus puissante que la seule analyse froide et rationnelle des faits, serait-elle la source de l’efficacité tant recherchée pour celles et ceux désireux de réussir ? Animée par unsentiment, l’intuition est-elle la contrepartie naturelle du jugement établi par la raison dans un rapport d’équilibre entre les différentes fonctions cérébrales de l’humain ?
Pour d’autres, l’intuition présente 2 défauts majeurs pour être un outil sur lequel on puisse compter. D’une part, l’intuition échappe à la volonté, elle ne se commande pas et ne peut donc être sollicitée aux moments opportuns : elle nous fait la grâce de surgir quand on y s’attend le moins. D’autre part, sa fiabilité est douteuse : elle peut conduire aussi bien au succès qu’à l’échec.
Dans cet article, nous discuterons du premier point. Le second point sera traité plus en détail dans notre prochain article.
I – L’ intuition – L’alternative à la logique rationnelle
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Une étude menée en 2002 par le cabinet Christian & Timbers montre que 45% des décideurs d’entreprises comptent désormais plus sur leur instinct que sur les faits et les chiffres.
On se souviendra encore aujourd’hui du best-seller (à la française) « Le manager intuitif » de Meryem LE SAGET, publié il y a près de 20 ans… Que nous disait-elle ?
« Voici venir un leader ouvert, à l’écoute des hommes et des évènements comme de ses émotions profondes, mobilisant tous ses sens et passé maître d’un sixième : l’intuition. Ce personnage, encore rare, a libéré cette capacité enfouie en chacun de nous, qu’il excelle à harmoniser avec son rationalisme pour déployer une vison plus large, une perception plus juste, un pragmatisme plus aigu et en définitive une efficacité plus percutante ».[1]
Le besoin de réactivité en situation complexe incite à recourir à l’intuition.
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« Le monde est devenu tellement complexe qu’il y a un retour naturel vers la simplicité, vers ce qui est accessible à tous, vers ce qui se comprend facilement et vite. Le besoin se fait sentir d’équilibrer notre pensée logique et analytique par une autre forme de raisonnement qui permettrait de capter immédiatement et globalement une situation : une forme de pensée intuitive ».(Op. cité) [1]
Aujourd’hui, on le sait, le top manager est confronté à des choix de plus en plus complexes dans un monde en rapide évolution où les parties prenantes aux décisions sont plus nombreuses qu’auparavant.
Si les nouvelles technologies facilitent le recueil de données, elles nous confrontent aussi au problème de la surabondance d’information quand l’urgence de la situation limite notre temps disponible pour sa sélection, son traitement, son exploitation et enfin son interprétation.
Ainsi, lorsque la raison et l’analyse peinent à fournir une décision claire et non ambigüe, le leader sera non seulement tenté de recourir à son intuition mais sans doute y sera-t-il contraint sous la pression des délais qui lui sont impartis. La nécessité d’une décision rapide joue en faveur de l’intuition.
Le besoin d'exercer un contrôle et une maîtrise sur son environnement
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Les outils d’aide à la décision reposent sur des modèles mathématiques de plus en plus complexes. Cette complexité les rend obscurs aux décideurs. Ils les considèrent comme des boites noires, alimentées par des données d’entrée, qui fournissent en résultat le meilleur choix à opérer.
Mais, ainsi automatisée, la décision semble alors échapper à l’humain. Il n’en maîtrise plus les tenants ni les aboutissants. Est-ce le système d'information qui est asservi aux managers détenteurs du pouvoir de décision ? S'interroger, c'est déjà contester... Le pouvoir de décision ne s'est-il pas subrepticement transféré dans les processus automatisées et performants des systèmes informatiques ? Le manager détient-il encore ce pouvoir ou n'est-il pas l'exécutant d'une décision qui, s'imposant à lui, ne lui appartient pas.
Non déterministe, chaotique pourrait-on dire, l'intuition reste encore la marque de la supériorité de l'humain sur la machine.
II – Résoudre le conflit raison <> intuition : harmoniser nos facultés
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Accepter la pertinence de l’intuition dans les décisions que nous pouvons effectuer, c’est reconnaitre, grâce à l’expérience, qu’elle peut conduire à des solutions efficaces. Toutefois, il nous faut aussi reconnaitre que notre intuition peut nous conduire à commettre des erreurs et, in fine, nous mener à l’échec.
Forces et faiblesses de la raison et de l’intuition
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Mais, il faut aussi admettre que si la puissance et l’efficacité de la logique et de l’analyse ne sont plus à démontrer, notre usage de la raison n’est pas toujours parfait. La rationalisation ne conduit pas systématiquement à un choix optimal ou, pour le moins, ce choix n’est optimal qu’en fonction des informations utilisées pour y parvenir.
Plus généralement, raison et intuition puisent leur efficacité dans une dépendance inévitable à notre perception. Si notre information est incomplète ou erronée, c’est l’ensemble de son traitement (analytique ou intuitif) qui sera biaisé et de là les interprétations et les décisions qui en découleront le seront aussi.
Un juste milieu est-il possible ?
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« L’idéal est, en effet, de combiner les deux approches, dans une « intuition outillée » : partir de ses intuitions et simultanément les vérifier par un aller-retour constant entre l’intuition pure et les faits, les perceptions des autres, les méthodes et les chiffres. » [1]
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Ainsi, l’usage combiné de l’un (la raison) et de l’autre (l’intuition) est recommandé par bon nombre d’auteurs. C’est à l’évidence une suggestion de bon sens, du moins en apparence. Pour ma part, je crains que cette suggestion puisse être comprise comme l’expression de la raison qui cherche, sous couvert de la sagesse du juste milieu, à établir un compromis qui lui serait favorable.
En effet, dans la pratique, les choses ne peuvent pas toujours se dérouler ainsi. Examinons les success stories, ces histoires (merveilleuses) de celles et ceux qui ont réussi. Classiquement, la logique et le bon sens s’opposaient à leur intuition. Seule leur certitude, leur foi pourrait-on dire, les a conduit à persévérer envers et contre tout et tous. La raison leur donnait tort. Le temps leur a pourtant donné raison.
La subjectivité de l’intuition ne peut être jugée a priori par l’objectivité de la raison
En fait, nous nous heurtons ici au caractère subjectif de l’intuition. La certitude fondée sur la force d’un sentiment ne s’analyse pas, ne s’explique pas et ne se partage que très difficilement. L’analyse, objective par nature, se décrit et par là s’expose à la critique qui permet tout autant de la détruire, de la compléter et de la reconstruire.
La raison au service de l’intuition ?
La solution préconisée par les différents auteurs est d’utiliser la logique afin de tracer un chemin qui mènerait là où l’intuition nous somme d’aller. Recueil d’informations, chiffrage, analyse, planification et vérification sont alors autant d’outils au service de l’intuition.
Se confronter à l’échec - Aucune méthode n’est infaillible : le risque zéro n’existe pas
Il n’existe pas de méthode infaillible pour combiner raison et intuition : une méprise sur l’origine et la qualité de l’intuition, une information incomplète ou erronée ou un défaut non trivial dans l’analyse peuvent toujours conduire à un échec.
Refuser l’échec - Forcer les faits à valider une théorie (une idée, une impression,…)
La raison ne doit pas non plus être complètement asservie à une « illumination ». Combien de chercheurs ont conditionné leurs résultats à la volonté forcenée de démontrer la validité de leurs hypothèses malgré une réalité récalcitrante à vérifier leurs théories.
L’humain influe sur ce qu’il expérimente et ce qu’il vit. Ses observations et ses actions ne sont pas neutres sur son environnement immédiat.
Problème de la vérification de l’intuition : les prophéties auto-réalisatrices.
Dans un texte de 1929, l'écrivain hongrois Frigyes KARINTHY écrit : « Si cela a échappé à quelqu’un : on appelle oracle de Macbeth (d’après la prophétie de cette nature que l’on trouve dans Macbeth de Shakespeare) les prédictions qui, volontairement ou inconsciemment (de bonne ou mauvaise foi) provoquent ce qu’elles prédisent : ce ne sont donc pas des prédictions à proprement parler, mais des suggestions (plus rarement) conscientes ou (le plus souvent) inconscientes, qui s’immiscent auprès de notre volonté sous le déguisement du stimulus le plus efficace chatouillant notre désir le plus avide, la prescience, afin de l’influencer, d’y implanter subrepticement des éléments de volonté étrangers, de la mettre au service d’une volonté étrangère.
» [2]
Résumons-nous...
Toute personne qui veut donc vérifier (sincèrement) son « intuition » peut donc éventuellement voir celle-ci confirmée par l'expérience. Non pas que ces théories soient "absolument vraies". En fait, elles ne seront "validées" que par l'influence (souvent inconsciente) de la personne elle-même sur son environnement.
Voilà qui n'est pas sans rappeler les paroles de du célèbre physicien SCHRÖDINGER :
"Notre égo est lui-même cette image du monde" [3]
Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr
Références :
[1] « Le manager intuitif » - Meryem LE SAGET – DUNOD (1992)
[2] "L'oracle de Macbeth" - Frigyes KARINTHY , traduction Judith et Pierre Karinthy – 1929
[3] « Matter and mind » - Erwin SCHRÖDINGER – 1958
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