Lundi 12 octobre 2009 

La puissance de l'intuition (2) - la force du silence 

 

Dans notre précédent article, nous avons tenté de distinguer l’intuition de l’instinct à partie des fonctions de chacun des 3 étages de notre cerveau (reptilien, système limbique, néo-cortex). 

Ici, c’est la distinction intuition / raisonnement que nous tenterons de localiser grâce à la découverte par Roger W. SPERRY (Prix Nobel de médecine 1981)

La découverte de l'asymétrie cérébrale et de ses implications sur notre façon de percevoir : les travaux de Roger W. SPERRY.


Notre cerveau est constitué de deux hémisphères (gauche / droit) possédant chacun une manière spécifique de percevoir et de comprendre le monde. Le gauche est spécialisé dans l'analyse sous l'angle de la logique et du raisonnement scientifique. Le droit, moins bien connu, adopte une approche globale et symbolique de la réalité. 
On se rappellera que l’hémisphère gauche contrôle le côté droit du corps et que l’hémisphère droit contrôle le côté gauche.

I - Deux hémisphères reliés l’un à l’autre 

Chez les mammifères le lien qui connecte les deux hémisphères s'appelle le corps calleux. c'est un énorme faisceau de fibres nerveuses, constitué, chez l'homme, de 200 millions de neurones. le sectionnement de cette connexion, ainsi que celui d'un corps plus petit situé en avant et appelé commissures antérieures, isole un hémisphère de l'autre. 

En 1940 un chirurgien américain avait pratiqué cette opération sur des patients atteints d'épilepsie grave. les crises disparurent quasiment et les patients purent reprendre une vie quasi normale. comme on leur avait sectionné le corps calleux. 

15 ans plus tard, le docteur Sperry, ayant eu connaissance de ces cas, décida de leur faire passer des tests pour essayer de comprendre ce qui se passait dans leurs cerveaux divisés. Ces tests mirent en évidence une des plus formidables particularités du cerveau humain : l'asymétrie cérébrale fonctionnelle. l'homme est le seul être vivant dont les deux hémisphères ne font pas le même travail !

II - Hémisphère Gauche – siège du raisonnement 

Dominant et droitier c’est un singe doué de parole. 

C'est celui que l'on connaît le mieux. Chez 90 % des humains, l'hémisphère gauche, est plus développé que l'hémisphère droit. Il est aussi appelé hémisphère dominant. C'est lui qui donne, chez l'homme, la prééminence au côté droit. Chez les animaux il y a autant de gauchers que de droitiers. 

L'hémisphère gauche traduit les perceptions en représentations logiques, sémantiques et phonétiques. Il met en mots ce que nous ressentons et privilégie la communication verbale. Les mots qu'il utilise constituent une convention et sont fondés sur une consensus. Ils ont perdu le rapport direct avec les objets qu'ils désignent. 
L'hémisphère gauche traduit ses perceptions en mots, en concepts, en langage. Sans les mots pour le dire, les perceptions, bien que présentes demeurent inconscientes. L’organisation en un discours cohérent et répété de l'ensemble des perceptions conscientes va produire l’émergence du sentiment d'identité individuelle (égo). 
Notre cerveau invente le temps : la notion de temps telle que nous la connaissons est une création de l'hémisphère gauche. 

L'hémisphère gauche serait peu patient, il supporterait mal les tâches répétitives. Dans l'apprentissage il met en œuvre des stratégies déductives et logiques en association avec des concepts qu'il connaît déjà, il utilise la mémoire déclarative qui est très rapide mais aussi beaucoup plus volatile que celle de l'hémisphère droit. 
Je suis tenté de croire que l’hémisphère gauche est peu rapide et qu’il est générateur d’impatience. La réflexion prend du temps. 

III - Hémisphère droit – siège de l’intuition 

Silencieux, il ne possède pas l'usage de la parole. Il n'en a pas moins un langage qui lui est propre. 

Sa perception est globale et il reconnaît le tout à partir d'un fragment. Il perçoit la totalité de façon instantanée, même à partir d'un fragment. C'est lui par exemple qui permet de reconnaître quelqu'un à partir du détail d'une photo, des quelques traits d'une caricature ou encore qui permet de fredonner un air à partir de l'écoute des premières notes de musique.

La perception et l’appréciation de la musique est une des facultés spécifiques de l'hémisphère droit.

Il appréhende la complexité.

Cette faculté de percevoir la totalité à partir d'un fragment donne à l'hémisphère droit la capacité de « mettre en scène un ordre » dans la complexité chaotique du monde.

Il appréhende les attitudes non verbales.

Il contribue à l'expression et à la communication interpersonnelle par une perception approfondie du non verbal, un ressenti immédiat du langage corporel et émotionnel de l'interlocuteur.

Il s'identifie au groupe

La conscience du "je" est une élaboration très sophistiquée de l'hémisphère gauche, tandis que le plus haut degré d'identité de l'hémisphère droit semble être l'appartenance au groupe.

Son temps est biologique et affectif
Pour l'hémisphère droit le temps est multiple, il n'est pas linéaire mais cyclique, il n'est pas mécanique : c'est le temps biologique, celui des émotions et des impressions. 

Conclusion

Pour un modèle cérébral complet 

Suivant les travaux de Paul D. Mc LEAN démontrant que notre cerveau est constitué de 3 cerveaux (reptilien instinctif, mammifère émotionnel, néocortex intellectuel) puis ceux de Roger W. SPERRY qui partitionne le cerveau en 2 hémisphères fonctionnellement distincts, nous serions tentés de combiner ces 2 approches en une seule.

C’est ce que fit William "Ned" HERRMANN (1922-1999) qui développa un outil dont il déposa le brevet - Herrmann Brain Dominance Instrument (HBDI).
Le HBDI sert à établir des profils individuels selon les dominances corticales de chacun(e) à des fins d’évaluation, de recrutement, de constitution d’équipe, de management,… 

Le site (en français) de l’Institut Ned HERRMANN fournit d’amples explications sur le HBDI. Malgré tout l’attrait que présente un tel outil, trois remarques s’imposent.
Tout d’abord, la réalité anatomo-neurologique des aires corticales définies par Ned HERRMANN n’a pas été démontrée. Le cerveau est un système tellement complexe que sa partition en 4 zones (cortical droit – cortical gauche – émotionnel droit – émotionnel gauche) par simple superposition des théories de Mc LEAN et de SPERRY n’est peut-être pas valide. 
De plus, l’outil de Ned HERRMANN fait abstraction du cerveau reptilien. Nos instincts de base, pourtant très actifs encore lorsqu’il s’agit d’assurer notre protection et la défense de notre territoire (y compris au bureau !), ne sont pas inclus dans son modèle. On se souviendra que ce même cerveau reptilien est absolument réfractaire à la nouveauté et au changement. C’est lui qui nous incite à suivre inlassablement les mêmes voies sans nous en écarter. 
Enfin, le modèle de Ned HERRMANN ne peut pas ni expliquer les relations ténues entre le raisonnement et l’intuition ni fournir un modèle de « développement » de l’intuition. 

La force du silence 

Or, pour permettre à l'hémisphère droit, donc à l’intuition, de s’exprimer, il pourrait être recommandé de rompre l’incessant dialogue intérieur entretenu par (l’égo élaboré dans) l’hémisphère gauche. Deux moyens peuvent être proposés : 
- Tenter de taire le dialogue intérieur en le saturant de sensations et de ressentis. 
- Tenter de saturer le dialogue intérieur en l’intensifiant jusqu’à ce que, épuisé, il permette à notre énergie psychique de se reporter dans l’hémisphère droit. 

Ce sont là deux pistes d’actions expérimentales et concrètes proposées à des fins opérationnelles. 


Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr

 

 

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Je ne savais pas que l’institut HERMANN associait des couleurs aux quatre (des 6) parties du cerveau (Bleu – Vert – Rouge et Jaune) et je note que l’association présentée des couleurs est différente de celle proposée par le système SUCCES Insights (Target Training International) qui analyse le style de comportement. Pour ce système, la partie ROUGE (cortical DROIT) est associée au CONDUCTEUR et la partie JAUNE (lymbique DROIT) est associée au PROMOTEUR … 

Il se peut très bien aussi qu’il n’y ait pas de réelle correspondance entre ces deux théories … quoi qu’il en soit, je serais curieux de connaître l’analogie entre les parties du cerveau et les couleurs qui leur sont associées.

Très cordialement,

Claude-Bernard LEMASLE

SEDIAG.  

 


Bonjour,


Pour toute précision relative au HBDI, l'Institut Ned Hermann est votre interlocuteur privilégié.

Cependant, force est de constater que les cadrans de gauche sont associés à des couleurs plus "froides" (bleu et vert) que celles des cadrans de droite (jaune et rouge).
Or, il est souvent dit (à tort ?) que le cerveau gauche est un "calculateur froid". Voilà pour l'axe horizontal (partition gauche/droite).

Pour ce qui concerne l'axe vertical (partition haut/bas ou plus précisémment Neo-cortex / système limbique) :
Le bleu (Cortical Gauche) est plus froid que le jaune (Limbique Gauche).
De même, le jaune (Cortical Droit) est plus froid que le rouge (Limbique Droit).

Ce choix a peut-être été effectué afin de symboliser la représentation d'un système limbique plus "chaud" (émotions, vie sociale,...) que le néo-cortex (plus conceptuel...).

Ces explications restent à valider...

Bien cordialement.


Erwan BUREL
www.haute-performance.fr


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