Lundi 09 octobre 2009 

La puissance de l'intuition (1) - la force de l'instinct 

 

Malgré toute la littérature qui leur est consacrée, performance et de leadership conservent leur part de mystère. Les recettes toutes faites ont fait long feu. Les success stories et leurs analyses ne nous enseignent pas, au mieux elles nous motivent, nous encouragent. Quant aux théories, si elles ne nous apprennent rien sur le « comment faire», elles ont le mérite de structurer et de guider la réflexion. 

Le leader s’avère performant en fondant son action sur une vision et une intuition. Coupant court aux méandres laborieux de l’analyse et de la rationalité, son instinct serait fructueux.

Dans ce premier article de la série « La puissance de l’intuition » , nous commencerons par distinguer nettement l’intuition de l’instinct en nous appuyant, notamment, sur les formidables travaux du neurologiste américain Paul Donald Mac LEAN. 

Au fil de nos articles, leaders reconnus, psychologues ou neurologues renommés, prix Nobel ou consultants nous livreront le fruit de leurs expériences, expérimentations et observations. Nous découvrirons peu à peu des clés très opérationnelles pour améliorer notre capacité à décider efficacement. 

I – La nature de l’instinct 

Un certain nombre d’auteurs confondent intuition et instinct ou, pour le moins, semblent établir une relation intime entre eux sans la définir précisément.

En première instance, les instincts se manifestent de manière non réfléchie. D’après les recherches menées par Paul D. MAC-LEAN, le complexe R (structure ancienne de notre cerveau, proche de celle des poissons et des batraciens) est le siège de nos comportements instinctifs de base. « Il a en propre de répondre automatiquement aux stimuli enregistrés , notamment visuels. Il produit des comportements impulsifs qui suffisent à assurer la survie du vivant. Entre le stimulus et la réaction, pas d’intervalle de temps : la réaction est immédiate. La mémoire est réduite à ce niveau à son état le plus embryonnaire. Les séquences de comportement se développent automatiquement, sans référence même à un passé du vivant. Aucun apprentissage ne joue (…) L’animal arrive au monde avec un bagage de comportement stéréotypé qui se perpétue de génération en génération et reste inchangé, sans possibilité d’adaptation plus fine aux conditions du milieu qui peuvent pourtant changer. » [1]

L’intuition parait plus complexe que l’instinct bien que, par certains aspects, elle lui ressemble. Comme l’instinct, l’intuition se manifeste de manière immédiate et non réfléchie. Cependant, elle peut prendre des formes multiples et ce point n’est que trop rarement abordé. Du pressentiment que l’on ressent jusque dans son corps (un nœud dans l’estomac, un frisson, une tension musculaire,…) jusqu’à une vision « éclair » très élaborée, symbolique et mystérieuse comme un rébus, l’intuition peut se manifester de différentes manières. Elle peut s’accompagner parfois d’une simple émotion, voire d’un sentiment inhabituel. 

L’instinct est fondé sur une réaction (comportement stéréotypé) à un stimulus qui répond à des besoins vitaux : alimentation, protection de soi, reproduction,… 
A contrario, l’intuition est fondée sur un sentiment. La réaction n’est ni pré-conditionnée ni immédiate. Elle peut être mûrement réfléchie et d’une conception originale. 

L’intuition est dotée d’une dimension temporelle. Son rapport au temps est différent de celui que nous avons habituellement. L’intuition, qu’elle soit prédictive ou non, possède un tel caractère d’évidence que les informations qu’elle véhicule semblent « avoir toujours été ». 

II – L’intuition : un instinct élaboré ?

Cette distinction étant désormais établie, les recherches en neurologie ont mis en évidence que le fonctionnement de la « machine humaine » résulte d’une intrication entre les différentes couches cérébrales. Au complexe R que nous avons déjà cité, s’ajoutent deux autres systèmes. 

Le système limbique – structure cérébrale qui enveloppe le complexe R, c’est le « cerveau des mammifères » qui produit « des sensations affectives qui guident le comportement que doit posséder l’individu pour la préservation de l’espèce comme pour sa propre préservation ». C’est une évolution des comportements qui commande « tu ne dévoreras ni ton descendant, ni la chair de ta race » et distingue ainsi les mammifères de certains reptiles. La protection parentale (« instinct » maternel distingue particulièrement le système limbique de « son ancêtre » le complexe R). 

« Tout cela porte à penser que le système limbique est un cerveau fortement affectif et émotionnel. (…) Tous les auteurs se rejoignent pour considérer que le système limbique est directement concerné par des phénomènes de perception, d’imagination, de mémoire. (…) le système limbique est aussi le cerveau des images perceptives, éventuellement hallucinatoires ». 

Le néo-cortex – « Instrument nécessaire de la raison, de l’argumentation, de l’expression verbale, de la volonté, de l’expression et de la manifestation de la loi. (…) Toute manifestation heureuse ou favorable a tendance à être intériorisée par l’être vivant et celui-ci la répètera d’une manière quasi-systématique dès que des circonstances analogues se reproduiront ». 
« Mère de l’invention et père de la pensée abstraite, Le néo-cortex promeut la préservation et la procréation des idées ». 
« Le néo-cortex est d’abord orienté vers le mon extérieur et semble servir à résoudre les problèmes et à mémoriser pour aider les deux plus anciennes formations du cerveau dans la lutte pour la survie. » 
« Il a été prouvé cliniquement que le cortex préfrontal, du fait qu’il est (aussi) tourné vers l’intérieur, ressent un sentiment viscéral requis pour l’identification empathique avec un autre individu ». 

CONCLUSION

L’instinct se manifeste par la répétition « conditionnée » de séquences de réactions profondément programmées en nous (dans le complexe R). 

Par contre, l’intuition n’est pas l’apanage du seul complexe R (« cerveau reptilien »). Les sensations, les ressentis et les images qui accompagnent l’intuition indiquent clairement que l’ensemble du cerveau est « mobilisé » dans cette production. 

Le cortex pré-frontal (néo-cortex) établit des liens avec le système limbique. En particulier avec la subdivision du système limbique qui, plus que toute autre, fait la différence entre les reptiles et les mammifères : comportements parentaux, jeux et autres formes affectives de communication verbale (…). Les preuves que le système visuel puisse posséder une influence importante sur cette subdivision sont maintenant nombreuses. 
Il y a quelque chose qui relève de l’empathie dans l’intuition : c’est un sentiment très particulier d’ « être en phase » avec le comportement d’une personne, d’un groupe ou plus globalement avec l’évolution d’une situation. 

Ce « sentiment viscéral » comme le qualifie Mc LEAN est typique du néo-cortex. 

L’intuition n’a de finalité que celle qu’on lui donne… a posteriori. C’est une idée forte que j’introduis ici. Si l’intuition était un instinct, elle aurait par elle-même pour finalité la satisfaction d’un besoin vital. Je crois que l’intuition n’a pas de sens intrinsèque et que c’est le décideur d’entreprise qui donne du sens à son intuition. Il crée le sens de l’intuition en lui attribuant une signification. Parce qu’il est dévoué au succès de l’entreprise, il s’orientera naturellement dans le sens de la survie, de la protection et de la prospérité de l’entreprise. 
Ce qui ne l’empêche, par ailleurs, de manifester des réactions instinctives de base (complexe R) ou sociales (système limbique) qu’il conviendra de ne pas prendre pour de l’intuition. Les réflexes de défense de ses attributions, de protection de son territoire ou de recherche du pouvoir observables en entreprise peuvent, ainsi, être éventuellement déclenchés par une intuition.

Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr


Référence :

[1] "Les 3 cerveaux de l'homme" - Paul D. Mc LEAN et Roland GUYOT - Robert LAFFONT (1990) 


 

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