Vendredi 23 octobre 2009

Evoluer (1) - entrer en compétition avec soi-même

Le dépassement de soi  

HAUTE PERFORMANCE

Il est bien connu que nos principales limites sont celles que nous nous fixons. Ainsi, avant 1954, la plupart des gens pensaient qu’il était impossible de parcourir un mile en moins de 4 minutes. C’était sans compter sur Roger BANNISTER qui prouva le contraire.  « Les médecins et les savants disaient que franchir le seuil des 4 minutes était impossible et que celui qui tenterait de le faire mourrait. », déclara-t-il. « Alors, quand je me suis effondré sur la ligne d’arrivée, j’ai cru que j’étais mort ».

 

Graham JONES

est un psychologue renommé intervenant dans le domaine de la performance sportive mais aussi de la performance d’entreprise. Consultant et coach auprès de différentes équipes olympiques il a fait du leadership, de l’endurance mentale et de la haute performance ses principaux axes de recherches et d’intervention. Dans un article intitulé « How best of the best Get better and better” [1], il nous livre ici 5 clés pour progresser , issues de sa riche experience du coaching [2].

I - Aimer être sous pression : un apprentissage à la portée de tou(te)s

En fait, la capacité à rester calme dans la tempête est l’un des traits de caractère généralement considéré comme acquis. Pourtant, selon G. JONES, chacun(e) peut apprendre à aimer être sous pression et ainsi devenir capable d’obtenir de meilleurs résultats. La règle est de faire le choix de se consacrer passionnément à un objectif d’amélioration de soi.

 

Comme le dit le champion olympique d’aviron Greg SEARLE : « Je n’ai jamais rien sacrifié ; j’ai fait des choix. »
Les champions ne se consacrent qu’à ce qu’ils peuvent contrôler et commander. Le reste ne les intéresse pas. La victoire ou la défaite des autres n’est pas leur affaire. G. JONES va plus loin en affirmant que même les évènements de la vie personnelle ne doivent pas affecter l’engagement ni la performance de ceux qui veulent réussir (il prend pour exemple la mort d’un être cher…).

Pour réussir, il faut être centré en soi et auto-dirigé. Bien que souvent durs avec eux-mêmes, ils ne cèdent jamais à l’auto-flagellation (et j’ajouterai à l’auto-apitoiement). Un autre facteur qui leur permet d’aimer être sous pression est leur capacité à réguler leur engagement dans l’effort. Pour y parvenir, rien ne vaut une seconde passion dans la vie. Si vous ne parvenez pas à tourner la page à la fin de la journée, vous risquez le burn-out.

Pour ma part, il me semble que sur ce point le sentiment de culpabilité peut être une forme d’auto-censure. La volonté d’achever à tout prix le travail en cours et éventuellement de montrer que l’on y consacre tous ses efforts peut nous empêcher de pratiquer notre seconde passion. C’est, sans doute, le plus sûr moyen de ressortir exténué et démotivé d’une telle expérience. Même si la tâche a été pleinement accomplie, il n’en résultera aucune satisfaction.

Alison MOWBRAY

 

La championne olympique Alison MOWBRAY est aussi une pianiste accomplie. Rappelons qu’elle détient, par ailleurs, un doctorat en génie génétique et qu’elle exerce le métier de consultant et de coach en performance.

II - Se fixer des objectifs modestes au quotidien pour se dépasser durablement

Pour les athlètes, le cycle de préparation aux J.O. est de 4 ans au cours desquelles s’insèrent différentes compétitions nationales et internationales. Ceci implique une gestion de l’effort dictée par :
> La fixation d’objectifs adaptés à ce calendrier
> Un objectif à long-terme >Une succession d’objectifs à court et moyen termes >Une planification rigoureuse de l’entrainement

Adrian MOORHOUSE

Son objectif à long terme était de parcourir le 100 m brasse en 62 secondes. C’était le score qu’il s’était fixé 4 ans auparavant avec son coach, estimant que ce serait suffisant pour remporter la médaille d’or. Ses objectifs à court et moyen termes étaient fixés sur chacun des leviers de sa performance (puissance, endurance, nutrition, technique,…).

 

III - Tirer parti de la compétition

En substance, Graham JONES affirme que « pour améliorer ses performances, rien ne vaut de s’entrainer avec les meilleurs ». Si cette règle est généralement vraie, j’émettrais toutefois 2 réserves. Il faut pouvoir approcher les meilleurs. C’est peut-être déjà une performance en soi.

Il me parait préférable de pouvoir approcher meilleur que soi graduellement, au fil de son évolution. Pour progresser en judo, il n’est pas nécessaire de chercher immédiatement à s’entrainer avec les grands champions. Par contre, pour préparer un championnat de haut niveau, cela devient indispensable.

En résumé, il semble important :

> D’avoir un but clair en précisant ce qu'on veut, à quelle échéance et jusqu’où on veut aller.  

> De pouvoir se situer à chaque instant dans sa progression afin de rechercher les conseils et l’émulation adaptés à son propre niveau.

G. JONES recommande à celles et ceux qui ambitionnent d’occuper les meilleurs postes de faire le nécessaire pour intégrer un programme de développement des talents réunissant des personnes qui partagent des ambitions aussi fortes que les leurs… et des compétences aussi développées.

IV - Savoir se réinventer continuellement

Lorsqu’une personne atteint le niveau qu’elle ambitionne, elle doit faire face à un  nouveau type de challenge : rester en bonne position pour progresser. G. JONES constate que les personnes qui réussissent sont toujours en recherche de conseil pour s’améliorer. Si désormais vous aimez être challengé, il faudra aussi vous assurer que les retours qui vous seront faits (feedbacks) seront constructifs. Et j’ajouterai : assurez-vous que votre manière de recevoir les retours est constructive, quelle que soit la manière dont ils sont formulés. Soyez pragmatiques : ne vous embarrassez pas de retours qui ne se traduisent pour vous par aucune amélioration tangible, voire mesurable.

V - Fêtez vos victoires – c’est une question de discipline…

C’est un point plus sensible qu’il n’y parait. Certaines réussites ne sont pas des victoires ! Si vous achevez une activité ou un projet en étant exténué et démotivé, ce n’est pas une victoire bien que le travail ait été accompli. Fêtez sa victoire va bien au-delà du moment de relâchement, de joie et d’autorisation de se livrer à quelques excès. C’est aussi une discipline ! Il s’agit de prendre le temps de se remémorer le parcours accompli fait d’enthousiasme, d’efforts intenses, d’obstacles, de doutes, d’incertitudes, etc… Partager ce moment est une manière de « tourner la page » en retirant, au passage, quelques retours ou impressions de votre entourage et que vous tenterez de transformer en enseignements utiles.

1. Aimer être sous pression

> Clé : posséder une passion forte servant de dérivatif.

2. Se fixer des objectifs pour soi-même

> Clé : fixer un objectif à long terme + de nombreux objectifs modestes à court et moyen termes sur chacun des leviers de sa performance

3. Rechercher l'émulation que procure la compétition 

> Clé : choisir un environnement adapté à sa capacité à endurer une mise en concurrence.

4. Savoir se réinventer continuellement

> Clé : solliciter auprès des autres des retours sur votre travail, votre attitude, votre comportement + adopter une attitude de défi

5. Fêter ses victoires

> Clé : faire son propre retour d'expérience pour mieux tourner la page et voler vers de nouvelles victoires.

Conclusion

G. JONES défend une vision élitiste qui pourrait parfois choquer. Ces champions du sport et du monde des affaires, il les qualifie d’ailleurs de « elite performers ». Par définition, l’élite est constituée de marginaux. Le plus grand nombre (dont nous faisons partie) ne présente pas les qualités requises pour monter sur les plus hautes marches des podiums, dans quelque domaine que ce soit.

Toutefois, certaines de recommandations fournies par G. JONES, que j’ai commentées au fil de cet article, peuvent constituer des guides simples et pragmatiques pour toute personne souhaitant évoluer sans pour autant chercher à rivaliser avec qui que ce soit d’autre que soi-même…


Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr

 

Références :
[1] "How the best of the best get better and better" - Graham JONES - Harvard Business Review - juin 2008
[2] Le site de Graham JONES : ici

 

 

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