Mardi 10 novembre 2009

Etes-vous fait pour positiver ?

 

En parcourant le net, j’ai lu avec intérêt différents articles affirmant que de « nombreuses recherches ont invariablement démontré que les individus accordent une plus grande attention aux aspects négatifs des informations qu’ils reçoivent. ». Ceci est qualifié de « biais négatif » par les psychologues.
Ainsi, nous serions plus attirés et plus sensibles aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. A en croire ces études, c’est ce qui expliquerait, notamment, que les journaux télévisés ouvrent toujours (ou presque) sur des drames et des catastrophes.

J’ai immédiatement pensé que cela pouvait expliquer les difficultés que la majorité des personnes rencontre lorsqu’il est question d’entreprendre : nous verrions immédiatement le mauvais côté des choses en lui donnant une prépondérance aux aspects positifs.
La réalité est beaucoup plus nuancée. D’autres psychologues ont longuement étudié le phénomène inverse. Selon leurs résultats, l’être humain serait prédisposé à envisager le bon côté des choses, en vertu du «
principe de POLLYANNA »

Les spécialistes de la « psychologie cognitive » nous affirmeraient donc une chose et son exact contraire ? Tâchons d’y voir plus clair…

I - Le biais négatif – un frein au leadership individuel ?

Selon certains chercheurs, notre cerveau serait donc conçu pour réagir plus intensément aux informations négatives. Ce biais serait si automatique qu’il se manifeste dès les toutes premières étapes du processus d’information du cerveau.

Pour l’anecdote (véridique), l’une de mes arrière-grands-mères avait pour habitude d’ouvrir le journal directement à la chronique nécrologique en s’exclamant sans cynisme : « Alors… Qui est mort aujourd’hui ? ».

1 – Découvertes expérimentales 
Le docteur en psychologie John T. CACIOPPO, de l’université de Chicago, a démontré que le cerveau réagit plus fortement aux stimuli perçus comme négatifs. L’activité cérébrale est, électriquement, plus importante lorsqu’on montre à des participants des images négatives (mutilations, morts,…) plutôt que des images positives ou neutres.

Ainsi, les mauvaises nouvelles ont-elles une influence plus conséquente que les bonnes. L’explication dominante tient à notre survie. L’humain est dans la nécessité de réagir vivement aux apparences de menace.
David HENARD, titulaire d’un doctorat, est professeur de marketing à l’université d’état de Caroline du Nord. Il est spécialisé en knowledge management, en développement de produit ainsi que dans la publicité négative.
Selon les résultats de ses travaux :

> Les gens accordent plus d’importance aux traits négatifs qu’aux traits positifs dans le processus de formation de leurs impressions. (Anderson, 1965; Peeters & Czapinski, 1990).

> Ils détestent les pertes plus qu’ils apprécient les gains pour un montant donné. (Kahneman & Tversky, 1984), 
Quand les individus ont le choix entre entendre un feedback positif ou négatif sur eux-mêmes, ils choisissent plus volontiers le feedback négatif. Graziano et al. (1980)

2. Limites et précautions

Différentes mises en garde ont été énoncées par ces mêmes chercheurs. Sans entrer dans des considérations approfondies en psychologie cognitive [1], notons toutefois que certains chercheurs s’interrogent quant à l’impact sur ces conclusions du travail d’évaluation fixé aux participants des différentes études citées. Lors de ces expérimentations, les participants sont conditionnés pour évaluer en termes positifs ou négatifs les stimuli présentés (images, mots,…). Il n’est pas certain que dans nos conditions de vie habituelles notre cerveau réagisse à l’identique.

Le contexte affectif et émotionnel de la personne exercerait une influence forte sur les réponses obtenues. 

Implications sur le leadership individuel
Jusqu’à quel point cette attirance pour les « mauvaises nouvelles » nous conduit-elle parfois à imaginer que les choses vont ou iront mal ? Sachant cela, nous pourrons désormais sourire et nous détendre un peu lorsque nous serons tentés d’envisager le pire.

II – Notre nature positive

Par ailleurs, un ensemble d’expérimentations ont montré que l’être humain dispose d’un vocabulaire plus riche en mots à connotations positives que négatives.

En 1969, Jerry BOUCHER et Charles OSGOOD publièrent un article intitulé « L’hypothèse Pollyanna ». Ils ont observé une dissymétrie entre la fréquence des mots positifs et celle des mots négatifs. Cette dissymétrie se retrouverait dans plus d’une dizaine de langues différentes. Cette supériorité des mots positifs aurait été étayée par des études montrant que l’acquisition d’un vocabulaire « positif » précédait celle d’un vocabulaire « négatif ».
Pourquoi « Polyanna » ? C’est le prénom de l’héroïne d’un roman de Eleanor H. PORTER « Pollyanna ou le Jeu du Contentement » paru en 1913. Optimiste, Polyanna voit le positif en toute situation, y compris les plus cruelles.

Partant de l’hypothèse Polyanna, certains auteurs ont élaboré un « principe Polyanna ». En bref, l’être humain serait systématiquement attiré vers les choses agréables. Nous serions naturellement portés à émettre des jugements positifs sur tout un chacun.
Nous noterons, au passage, cette habitude qui consiste à considérer comme vrai (et donc acquis) ce qui, initialement, n’était qu’une hypothèse… 

III – Une vérité toute relative…

Que faut-il croire ? Nous voilà face à 2 « vérités scientifiques » que tout oppose. Chacun(e) aura bien son opinion sur la question mais ne sera pas plus avancé pour autant…

Tournons-nous vers Monique DE BONIS, docteur en psychologie et docteur ès-lettres et sciences humaines, chercheur au CNRS et auteur de « Connaitre les émotions humaines ». Elle nous explique que : 
« Ce sont les travaux de LLOYD et LISHMAN (1975) qui ont fourni les premiers éléments expérimentaux à l’hypothèse d’un biais de mémorisation négative. Ces auteurs ont observé que des sujets déprimés avaient tendance à évoquer des souvenirs personnels tristes que des souvenirs gais. »

Dans leur étude, des mots neutres étaient présentés un à un aux participants. Pour la moitié des mots, ils devaient évoquer un souvenir agréable, pour l’autre moitié un souvenir désagréable. Pour les sujets déprimés, le temps de rappel des souvenirs agréables était plus long que chez les individus « normaux ». A l’inverse, chez ces derniers, le temps de rappel des souvenirs désagréables était plus long que chez les individus déprimés.

Conclusion

Les études les plus anciennes (fin des années 60) affirment que l’être humain est plutôt enclin à positiver et les plus récentes confirment exactement le contraire. Faut-il en déduire que notre moral serait en baisse ? Progressivement gagnés par la morosité, nous serions devenus plus sensibles aux informations et aux souvenirs négatifs qu’aux évènements heureux…

A moins de nous laisser aller et de nous soumettre à ce mouvement général, il ne tient qu’à nous de réagir et de considérer la vie comme nous le voulons.

Hauts les cœurs ! Ne nous laissons pas sombrer… Nous avons tant à faire.

Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr


Références 
[1] http://psychology.uchicago.edu/people/faculty/cacioppo/jtcreprints/slcckm06.pdf

 

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