Lundi 14 septembre 2009 

La peur (2) - demain, la fin du monde !

 

Ivy Mike

J'exposais dans l'article précédent les principes fondamentaux de Haute Performance et exposais l'idée, vieille comme la planète, que la peur est bien cette mauvaise conseillère qu'on redoute tant...

Dès lors,j'estime utile d'illustrer ces conceptions de principe par un exemple concret.

Comme je l'écrivais, il ne sera pas question de la "grippe A - virus H1N1". Non pas que ce sujet soit inapproprié, loin s'en faut...

Cependant, un autre sujet brûlant d'actualité a retenu mon attention... 

Premier test de bombe H le 31 octobre 1952 sur l'atoll d'Eniwetok

(îles Marshall)

Alimenter abusivement la peur – fantasme d'apocalypse 

En synthèse...


Préalable - ce qu'est le GIEC

1. Une interview édifiante !
Exemple de peur profonde : le changement climatique ou l'incroyable prophétie du retour éminent et "en vrai" d'un monde à la Mad Max.

2. Analyse d'une désinformation manifeste
Décodage : reconnaitre les principes de base de la confusion, de la désinformation et de la propagande

3. Vérification aux sources
Pour une écologie de l'information : voir en quoi les propos tenus dans l'interview déforment et détournent les informations fournies par les sources mêmes auxquelles il est fait référence (en l'occurence le GIEC).

4. Pour une information plus complète
En matière de changement climatique, la "voix officielle" du GIEC n'est pas la seule source fiable d'information.
 

Préalable

Dans cet article, il sera éminémment question du GIEC . Aussi quelques précisions s'imposent.

1988 - Création du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat)
En anglais, IPCC - Intergovernmental Panel on Climate Change.

Création consécutive à la demande du G7 (aujourd’hui G8), par deux organismes de l’ONU : l’organisation météorologique mondiale (OMM) et le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

2007 - Attribution du Prix Nobel de la paix au GIEC conjointement avec Al GORE.

1. Une interview édifiante !


Cet été, le quotidien « La Tribune de l’économie » a ouvert ses colonnes à différentes « personnalités » dans une remarquable série intitulée « Visions de l'après-crise ».D’emblée, on reconnaitra la difficulté de l’exercice car toute expression quant au futur est un mélange sensible de prévisions (probabilités) et de souhaits personnels. 
Début août 2009, l'une de ces personnalités [1] a déclaré : 

« Or, les Nobel de l'an dernier nous en avertissent : si, en 2020, on n'a pas réduit de 30% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre, et si les pays émergents n'ont pas inversé la courbe de leurs émissions, la hausse de la température mondiale dépassera les 3 degrés. Et le monde ressemblera à celui de Mad Max, où une partie de ses habitants se barricaderont dans des lieux respirables, pour se protéger d'un monde extérieur ravagé par la sécheresse et les épidémies. »

Ayant pris contact avec ce polytechnicien, chercheur-économiste, politicien, cette personnalité m'a confirmé tout le "sérieux" de ses propos. Toutefois, l'objet de cet article n'est pas d'ouvrir une polémique avec qui que ce soit. Ce n'est pas une question de personne. 

2. Analyse d'une désinformation manifeste


Réfléchir c'est déjà contester !

1. Une information partielle est potentiellement cause d'ambiguité

Ici, la seule échéance explicite est 2020. Ce qui pourrait laisser croire que la hausse de la température de 3° se produira à cette date. Or, après contact pris avec l'interviewé, il apparait que, cette conséquence apparaitrait vers 2050 !

2. La généralisation est cause d'amalgame

Les Prix Nobel de la Paix 2007, et non pas 2008, sont le GIEC et Al GORE.
Cependant, le GIEC n'a jamais prédit un monde ressemblant à celui de Mad Max. Il s'agit d'interprétations qui n'appartiennent qu'à l'interviewé.

3. Partialité de l'information est synonyme de subjectivité du propos

Les Prix Nobels sont certainement légitimes pour s'exprimer sur les domaines dans lesquels ils ont été nominés. Cependant, à voix unique, pensée unique !
D'autres voix existent, toutes aussi légitimes.

Manifestement, le mythe de l'apocalypse est à nouveau brandi sous la forme d'un ultimatum. Sans prudence, sans réserve ni nuance.

3. Vérification aux sources

Notre interviewé :
- se trompe sur les échéances : les scénarios du GIEC portent sur un horizon temporel à 2100 et non pas 2020 ni même 2050
- omet de préciser que le GIEC considère les résultats de ses propres scénarios avec une "haute incertitude"
- commet une impasse : les experts du GIEC écartent les scénarios "surprise" ou "catastrophe"

a) Les prévisions du GIEC portent sur un horizon à 2100 et non pas 2020 ni 2050 !

« Le réchauffement se poursuivra inexorablement durant des siècles si rien n’est fait pour le maîtriser. D’ici à 2100 il atteindra déjà 1,1°C à 6,4°C par rapport à la fin du XXè siècle, selon les différents scénarios du GIEC, les valeurs les plus probables se situant entre 1,8°C et 4°C. » [2] 

b) Les prévisionnistes du GIEC reconnaissent le peu de fiabilité de leurs modèles de prévision

Concernant les émissions des gaz incriminés : "Leur évolution future est hautement incertaine. (...) La possibilité qu'une seule trajectoire d'émission soit semblable à la description des scénarios est très incertaine." [3]

Les inquiétudes soulevées, notamment par les travaux du GIEC, montrent que le "changement climatique" fait partie des sujets de premier plan. Il semblerait irresponsable de s'en détourner, d'en minimiser comme d'en exagérer l'ampleur !

Or, comme il semble qu'il n'y ait pas unanimité au sein même de la communauté scientifique, il parait important, sinon vital, de compléter son information auprès des sources les plus fiables (docteurs en météorologie,...)
Concernant les modèles de prévision utilisées : "Dans les études sur le climat et la modélisation, il faut reconnaitre que nous sommes de vant un système chaotique non linéaire et que la prévision à long terme des états futurs du climat n'est pas possible." [4]

Curieusement, je n'ai pas retrouvé trace de cette déclaration dans les documents actuels du GIEC. L'aurait-on oublié ?

c) Les prévisionnistes du GIEC écartent les visions catastrophistes

Les experts du GIEC ne sont pas de "chauds" partisans de Mad Max !

"Sont exclus seulement les scénarios marginaux de "surprise" ou de "catastrophe" rencontrés dans la documentation. (...); ils ne doivent pas non plus être interprétés comme des recommandations de politique générale." [5] 

4. Pour une information plus complète... 

Le GIEC (IPCC en anglais) constitue une autorité composée d’éminents spécialistes et d'experts dans l’ensemble des disciplines d’étude du climat. 

Toutefois, il apparait des voix discordantes jusqu'au sein même de ce prestigieux organisme. 
Valeur scientifique contestée et politisation de certains résultats publiés, le GIEC fait l'objet de critiques par des personnes, elles aussi, hautement qualifiées.


En voici quelques aperçus....

1 - Une démarche scientifique en partie contestée

En janvier 2005, Christopher LANDSEA (docteur en météorologie) démissionne du GIEC.

Il dénonce les conclusions scientifiquement contestables de la thèse selon laquelle le réchauffement global contribuerait à l'activité des ouragans de l'Atlantique Nord. Ainsi, il a adressé une vive critique à l'égard de Kevin TRENBERTH, un contributeur majeur du dernier rapport spécial du GIEC, qui avait publiquement soutenu cette thèse .

2 - Une politisation de l'action du GIEC

Dans une lettre ouverte [6], Christopher LANDSEA affirme : “Le GIEC, dont relève mon expertise, est devenu politisé ». 
De même Roger A. PIELKE (docteur en météorologie) a fait part de ses critiques quant aux travaux du GIEC relatifs à l’impact du CO2 sur le réchauffement global.

Pire, il dénonce une manipulation des données visant à orienter les résultats vers une interprétation politique et non plus scientifique. [7]

3 - Des données mal choisies !

Une partie des conclusions du GIEC issues du dernier "Rapport Spécial relatifs aux Scénarios d'émission" ont été sévèrement critiquées par Ian CASTLES (ex- Directeur du Australian Bureau of Statistics) et David HENDERSON (ex-Responsable du Département de l'économie et des statistiques de l'OCDE).

"Nous pensons que tout ce processus (de modélisation) n'a pas été correctement utilisé, ou professionnellement utilisé, dans la manière dont le GIEC le proclame". [8]

Leur critique majeure concerne le choix de certaines données économiques nécessaires aux prévisions. Ils s'appuient sur les normes internationales en vigueur pour réfuter l'utilisation des taux de change du marché pour harmoniser les données économiques internationales employées dans les modèles du GIEC . Le débat est un peu technique mais ils soutiennent l'usage des parités de pouvoir d'achat qui rend mieux compte des distorsions réelles entre pays pauvres et pays riches.

4 - Une étude scientifique alternative : pas de hausse de température dans les 10 prochaines années ?

D'allieurs, une autre équipe de météorologues (hors GIEC) a publié des travaux, en mai 2008 dans le célèbre magazine brittanique Nature, dont la conclusion est :

"Nos résultats suggèrent que la température de surface globale peut ne pas augmenter durant la prochaine décennie puisque les variations climatiques naturelles en Atlantique Nord et dans la région tropicale du Pacifique compensent temporairement le réchauffement anticipé" [9]

Cette équipe est composée de :

- N. S. KEENLYSIDE et le Professeur M. LATIF - docteurs en météorologie marine au sein du Leibniz Institute of Marine Sciences

- J. JUNGCLAUS, L. KORNBLUEH et E. ROECKNER du Max Planck Institute for Meteorology

Remarquons que les scénarios du GIEC n'ont pas intégré cette conclusion qui est pourtant susceptible de modifier et les résultats et les interprétations de ses modèles de prévision. 

5 - Peut-on prédire les futurs changements climatiques ? L'aveu d'un eminent expert 

James E. HANSEN, directeur du NASA Goddard Institute for Space Studies, est surtout connu comme l'un des premiers et des plus fervents soutiens de la thèse de l'origine humaine du réchauffement climatique.

Chaud partisan de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, il soutient les actions radicales visant leur dénonciation et leur élimination. 

Il a reçu la Médaille Carl-Gustaf Rossby de l’ American Meteorological Society en 2009. 


1988 - HANSEN prédit une hausse de la température mondiale de 0,35° C sur les 10 années à venir.

1998 - Force est de constater que la hausse réelle ne fut que de 0,11° C !

Alors, oui, c’est une hausse… trois fois moins importante que celle prédite. Dans la foulée, il avoue :

"Les forces à l'origine des changements climatiques à long terme ne sont pas connues avec une précision suffisante pour définir les futurs changements climatiques." [10] 

Le constat de HANSEN a précédé celui du GIEC mentionné plus haut.

Certains objecteront que depuis 1998, les modèles de prévision se sont largement améliorés. Bien sûr !...
Sauf que les scénarios actuels du GIEC sont les mêmes que ceux publiés en 2001 (donc élaborés dans les années précédentes).

En guise de conclusion… 

Avec la chute du mur de Berlin, l'angoisse d'une destruction nucléaire mutuelle Est-Ouest ne fait plus la une de l'actualité. C'était LE cataclysme tant redouté : notre peur de la fin du monde.

Depuis, c'est une mosaïque de peurs qui alimentent cycliquement les esprits : terrorisme, menaces nucléaires locales, virus ultra-méchants, rayonnements en tous genres, météors destructeurs et autres changements climatiques,...

Les visions apocalyptiques font partie du vieux fond d'angoisse de l'humanité. Les Gaulois ne craignaient-ils pas que le ciel leur tombe sur la tête ? Evidemment, il y a une part de vérité (les catastrophes existent) et une part de fantasme (Paco RABANNE existe aussi).

Comme nous le disions dans notre précédent article : la peur est un besoin. Sitôt qu'une peur disparait, une autre prend sa place. Le simple optimisme tranquille n'est-il pas incompatible avec ce monde ? Ou n'est-il pas autorisé ?

En matière de changement climatique, comme dans d'autres, il faut certainement agir avec vigueur mais aussi avec rigueur. Le sacro-saint principe de précaution n'a de sens que lorsqu'un risque est correctement évalué et avéré. Comme en auto-défense, la riposte doit être proportionnée à l'agression. La vie en "mode panique" quasi-permanent n'est pas une vie : c'est un asservissement, un esclavage, une addiction peut-être...

Alors, certes, cela suppose un effort, une vigilance, pour ne pas succomber au "prêt-à-penser" qui, par nature, élimine toute divergence de vue et écarte toute confrontation de faits et d'idées.

Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr



Références : 
[1] Cliquer ici pour prendre connaissance de l’intégralité de l’interview. 
[2] IPCC Fourth Assessment Report (AR4)

[3] "Les émissions futures de gaz à effet de serre sont le produit de systèmes dynamiques très complexes déterminés par des forces motrices telles que la croissance démographique, le développement socio-économique et l'évolution technologique. Leur évolution future est hautement incertaine. Les scénarios sont des images diverses du déroulement possible du futur et ils constituent un outil approprié pour analyser comment des forces motrices peuvent influer sur les émissions futures et pour évaluer les incertitudes connexes. Ils aident à analyser l'évolution du climat, notamment sa modélisation et l'évaluation des impacts, l'adaptation et l'atténuation. La possibilité qu'une seule trajectoire d'émission soit semblable à la description des scénarios est très incertaine." Rapport spécial du GIEC - Scénarios d'émission

[4] "Changement climatique 2001 : la base scientifique" - GIEC - Cambridge University Press - P. 774

[5] "Un ensemble de scénarios a été élaboré pour représenter les fourchettes des forces motrices et des émissions selon la documentation sur les scénarios, de manière à refléter la compréhension et la connaissance actuelles des incertitudes sousjacentes. Sont exclus seulement les scénarios marginaux de "surprise" ou de "catastrophe" rencontrés dans la documentation. Tout scénario comporte nécessairement des éléments subjectifs et prête à interprétation. Les préférences entre les scénarios présentés ici varient selon les utilisateurs. Aucun jugement n'est exprimé dans le présent rapport sur telle ou telle préférence pour un scénario et aucune probabilité ne leur est attribuée; ils ne doivent pas non plus être interprétés comme des recommandations de politique générale." Rapport spécial du GIEC - Scénarios d'émission

[6] http://sciencepolicy.colorado.edu/prometheus/archives/science_policy_general/000318chris_landsea_leaves.html
[7] http://sciencepolicy.colorado.edu/admin/publication_files/2002.05.pdf
[8] http://www.marshall.org/pdf/materials/275.pdf
[9] http://www.nature.com/nature/journal/v453/n7191/full/nature06921.html
[10] "Climate forcings in the industrial era" - 1998 - James E. Hansen*, Makiko Sato, Andrew Lacis, Reto Ruedy, Ina Tegen, and Elaine Matthews 


 

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