Lundi 21 septembre 2009 

Crowdsourcing (3) – les bonnes pratiques : management et motivation   

 

HAUTE PERFORMANCE

Le Crowdsourcing est synonyme d' intelligence collective. 
Dans notre précédent article, je présentais un projet de crowdsourcing réussi : le modèle de développement de LINUX (célèbre concurrent de Windows).
Dans ce nouvel article, je tenterai de mettre en évidence les bonnes pratiques du crowdsourcing afin de pouvoir les réutiliser efficacement sur tout autre projet. 

Les principes, les règles et les FCS (Facteurs Clés de Succès) présentés dans cet article sont valides pour le cas très général des projets de crowdsourcing inspiré par le modèle de type Open Source.

Toutefois, les buts visés et les objectifs fixés étant spécifiques à chaque projet, il appartiendra à chaque project leader de les interpréter et de les adapter à l'objet de son initiative.

Sommaire

I - Les principes et les règles du crowdsourcing - "Linux like"

Je tenterai ici une réponse pragmatique élaborée sur une analyse personnelle du crowdsourcing autour de ses principes essentiels. Plutôt qu'un théorie, j'ai préféré le retour d'expérience. Celui-ci a fait ses preuves et a pour finalité un usage opérationnel.

Ainsi, j'ai à nouveau choisi le modèle de développement de LINUX ("le bazar" - cf notre dernier article ) pour en extraire des principes et des règles utiles à tout projet de crowdsourcing, qu'il relève du domaine informatique ou non.

II – Les Facteurs Clés de Succès
Je présenterai là 3 conditions indispensables à la réussite d'un projet de crowdsourcing. D'autres facteurs clés de succès existent peut-être... Ceci est une invitation non déguisée à vos contributions ;-) 

I - Les principes et les règles du crowdsourcing - "Linux like"

Le crowdsourcing repose sur une large contribution (un grand nombre de personnes) et sur une co-élaboration des améliorations réalisées.

Les principes fondamentaux du crowdsourcing

Accessibilité 

Le projet est accessible à toute personne. 

Gratuité 

Le projet est libre de droits d'accès (pas de d'abonnement, de ticket d'entrée, etc...). 

Partage 

Il s'agit d'un système de partage et non d'échange. Il n'est pas obligatoire de fournir des améliorations pour accéder à celles mises à disposition par d'autres. 

Liberté 

Non-directif, le dispositif de partage mis en place permet à chacun de proposer des améliorations. 

Créativité 

Chacun fera de toute la créativité nécessaire à la réalisation des améliorations qui satisferont ses souhaits, ses attentes, ses besoins voire tout simplement sa curiosité. 


Les règles fondamentales du crowdsourcing

L'analyse du modèle de développement de LINUX révèle les règles de fonctionnement suivantes.

1. Se lancer sur un produit innovant, utile et pratique

2. Elaborer une base de travail

3. Soumettre le projet à une "communauté"

4. Se refuser à donner toute récompense

5. Animer le réseau, valider les contributions et reconnaitre le travail réalisé

6. Piloter le projet (hors exemple Linux)

Analyse approfondie

1. Se lancer sur un produit innovant, utile et pratique


Ici, la notion de "produit" doit être comprise dans un sens très large. Il peut aussi s'agir d'un service, d'un argumentaire, etc... Ce produit doit introduire un caractère clairement innovant par rapport à l'existant ainsi que répondre à des besoins identifiés. 

Exemple du Développement de LINUX - Le fondateur de LINUX, Linus TORVALDS, avait un besoin simple, clairement identifié : disposer sur son PC d'un système d'exploitation aussi performant que celui d'UNIX . Jusque-là, les systèmes existants ne présentaient pas une souplesse satisfaisante pour répondre à ce besoin. 

2. Elaborer une base de travail 


Pour lancer un projet de crowdsourcing, il est souhaitable de ne pas partir de zéro. 
Tout contributeur potentiel sera plus enclin à réagir à une base de travail même incomplète (un "prototype"). 

Exemple du Développement de LINUX - Linus TORVALDS a soumis aux internautes de Telnet (un ancêtre d'internet) le "noyau" du système d'exploitation qu'il avait conçu et développé. C'était une base suffisamment 

3. Soumettre le projet à une "communauté" 


L'appartenance à un réseau voire mieux, à une communauté, procure un sentiment d'identité particulier qui favorise les échanges. La notion même de communauté ne repose pas nécessairement sur une compétence ou un métier comme ce fut le cas pour LINUX. Un centre d'intérêt ou un besoin identifié peuvent rapprocher des individus. 

Exemple du Développement de LINUX - Les "telnautes" auxquels Linus TORVALDS a soumis son projet étaient des développeurs UNIX avertis. Ils formaient déjà une communauté de programmeurs habitués à s'échanger des idées, des conseils et autres "bons tuyaux". 

4. Se refuser à donner toute récompense 


Les améliorations réalisées par les spécialistes constituent leur "récompense" immédiate.
A la question "Faut-il ou non récompenser les contributeurs ?", je serais tenté de répondre : "non, surtout pas ! La récompense est contre-productive."
Les contributeurs s'alimentent les uns les autres. La réussite est collective. Chaque évolution est née d'améliorations successives apportées par plusieurs contributeurs.

Si l'animateur du réseau décide de récompenser la meilleure évolution à une échéance donnée, il est à craindre que les contributeurs soient dissuadés de fournir les premières améliorations. Pour bon nombre, la stratégie gagnante consistera à :
> suivre les améliorations proposées en contribuant très peu voire pas du tout
> fournir une contribution majeure au tout dernier moment afin d'augmenter leurs chances de remporter le prix.

Par conséquent, les contributeurs qui auront oeuvrer les premiers et peut-être pour une part très importante, risquent de se voir injustement privés de la récompense. Ils auront le sentiment de s'être fait littérallement voler leur victoire.
Pour une réflexion plus approfondie sur les notions de motivation et créativité : lire cet article 

Exemple du Développement de LINUX - Linus TORVALDS n'a pas instauré de système de récompense ou de rétribution. Dans l'optique du crowdsourcing, l'appartenance à la communauté donne accès à l'ensemble des travaux réalisés. Les acquisitions qui en résultent constituent déjà un gain pour chaque membre. 

5. Animer le réseau, valider les contributions et reconnaitre le travail réalisé 


Il est indispensable qu'un animateur ou une équipe d'animateurs prennent en charge :
- la promotion du projet pour développer un réseau de contributeurs.
- l'animation du réseau de contributeurs.

La ressource fondamentale étant le contributeur, il convient de définir une stratégie de "recrutement" efficace. La "promotion" du projet sera équilibrée lorsque le nombre de contributeurs nouveaux sera "satisfaisant" au regard des efforts réalisés à cette fin. 

L'animateur exerce un rôle incitatif auprès du réseau. Il encourage les contributions et crée une émulation autour de la démarche. Il donne des signes de reconnaissance du travail réalisé par les contributeurs en les félicitant nommément. Eventuellement, il peut challenger les contributeurs entre eux en les plaçant en situation de concurrence cordiale.

La satisfaction et la fidélisation des contributeurs constituent des résultantes de la qualité de l'animation. 

Exemple du Développement de LINUX - Linus TORVALDS a su animer son réseau de contributeurs. Il leur envoyait des messages d'information et d'encouragement explicites. 

6. Piloter la performance du projet 


Si la fonction de pilotage couvre différentes activités possibles, il en est une particulièrement utile dans une démarche en mode "bazar". Elle consiste à acquérir une visibilité suffisante pour décider des actions à engager afin d'assurer la "bonne santé" du projet. Quelques indicateurs à périodicité choisie s'imposent - exemples :

Compteurs (volumétrie) :
- nombre de membres du réseau
- nombre de nouveaux membres
- nombre de membres ayant quitté le réseau
- nombre de contributeurs du réseau
- nombre de contributeurs nouveaux
- nombre de contributions
- nombre de nouveaux sujets / points traités (innovations,...)

Indicateurs de performance :
- le ratio contributeurs / membres
- ratio de fidélisation des membres
- indice de satisfaction des membres

Mesures d'impacts :
- mesures de corrélation entre les actions d'information, d'incitation et de félicitation et l'activité des membres.

Exemple du Développement de LINUX - Aucune information collectée sur une activité de pilotage exercée par Linus TORVALDS . 

II – Les Facteurs Clés de Succès

condition #1 : une coopération basée sur une relation "gagnant-gagnant" 
Les contributeurs ne doivent pas être en concurrence commerciale ou professionnelle sur le projet. Pour que le système de partage fonctionne, il ne doit pas y avoir un avantage concurrentiel à prendre l'information et les améliorations réalisées par d'autres sans en fournir soi-même.
Le chef de projet ne doit pas apparaitre comme le grand bénéficiaire du "produit" réalisé. Si la finalité du projet est commerciale, il y a peu de chance qu'une communauté de bénévoles se constituent autour de lui.
Certains "produits", par leur nature même, ne peuvent satisfaire cette première condition d'efficacité. 

condition #2 : un projet libre de toute concurrence avec un projet existant 
Les contributeurs constituent une ressource précieuse. Leurs efforts ne doivent pas se répartir sur plusieurs projets concurrents. Tout le monde y perdra. On pourrait s'interroger sur les motivations d'une personne qui serait à l'initiative d'un projet concurrençant un projet existant. Pourquoi n'y participe-t-elle pas ? Il n'y a pas de réponse unique et définitive... 

condition #3 : un système de partage d'information maîtrisé 
Le pilier du crowdsourcing est l'efficacité du dispositif de partage de l'information et de mise à disposition des contributions des membres de la communauté. Le mode "forum" est le plus adapté. Les participants sont ainsi visibles les uns des autres. L'animateur du forum pouvant exercer un rôle de modération pré- ou post-publication des contributions.
L'animateur doit impérativement maîtriser les fonctionnalités de ce système. Idéalement, il devrait pouvoir le faire évoluer afin d'aboutir à une plateforme qui réponde très précisémment aux besoins du projet. 



Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr


 

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