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Le management selon Toyota
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Lean
management [1] et performance immédiate et durable
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Préalable
Fidèle à notre principe directeur, l'objet de cet article est de démontrer,
via le "modèle Toyota", que les méthodes de management et de
gestion de production, aussi intelligentes soient-elles, tirent leur
efficience de la compréhension qu'en ont les utilisateurs et de leur
engagement sans faille à les appliquer du mieux qu'ils peuvent.
Pour cette raison, nous avons dû exposer de manière suffisamment détaillée
la philosophie et les concepts fondamentaux du "Lean management"
(dont la firme Toyota fut l'initiatrice). Autant que possible, le propos
fut allégé en renvoyant en références de bas de page certaines
explications sans doute intéressantes mais quelques peu fastidieuses.
Malgré tout, le propos pourrait paraitre un peu ardu aux lecteurs peu
familiarisés avec ce sujet. Quant aux consultants et experts, peut-être
trouveront-ils le propos trop vulgarisateur.
Synthèse
Le lean management vise l’ élimination de tous les gaspillages [2]
(matières, équipements, finance, délais et temps de réalisation,..). A
l’origine développé par Toyota, le « lean » est désormais mis en
place dans de nombreuses industries et s’étend aussi à des activités
de services.
Contrairement à une idée très répandue, ce système de management ne
doit pas son efficacité aux différentes méthodes de qualité qui
permettent de le mettre en œuvre sur le plan opérationnel. Les clés de
la performance du « lean » sont d’ordre humain :
- Application des principes de sobriété et d’apprentissage pour une amélioration
continue des pratiques (best practices) et des modes opératoires,
- Pro-activité et solidarité des acteurs engagés dans une telle démarche.
Ainsi, le véritable levier de l’efficacité d’un tel système repose
sur un alignement de la vision, des valeurs et des principes de
l’individu sur ceux de l’entreprise afin de garantir son meilleur
engagement dans les activités qui lui sont confiées.
La première question à se poser avant de décider de la mise en place
d’une démarche semblable peut donc s’exprimer ainsi :
- Les collaborateurs de l’entreprise se sentent-ils en phase avec le
projet d’entreprise ?
- Comment améliorer et assurer durablement cette adéquation ?
Nous poserons quelques premiers éléments de réponse à ces deux
questions.
1ère partie : Présentation sommaire du Lean management
Le lean management (littéralement : « maigre », « sans gras », « dégraissé
») vise l’optimisation de la performance d’une organisation
(productivité, qualité) par l’amélioration continue et l’élimination
des gaspillages.
Le « lean», comme on l’appelle communément, est originaire du Japon,
plus précisément dans le Toyota Production System (TPS) . Adaptable à
tous les secteurs économiques, le lean est actuellement principalement
implanté dans l’industrie (et principalement l’industrie automobile).
A - Les 2 piliers du Lean management
Pour éliminer les 7 catégories de gaspillages identifiés [2], la pensée
"Lean" repose sur 2 piliers :
1. Le juste-à-temps
Le juste-à-temps consiste à produire à flux tendus réduisant ainsi les
délais d'attente, les stocks,... La production étant "déclenchée"
en fonction des commandes des clients.
Les outils du juste-à-temps sont le temps TAKT [3], le lissage, le flux
continu en pièce à pièce, le flux tiré, le changement rapide
d’outils (SMED), l’intégration de la logistique.
2. Le Jidoka
les outils du Jidoka (peu visibles chez Toyota, et donc par le fait moins
connus en dehors de l’entreprise) sont la séparation de l’homme et de
la machine, les outils d’arrêt de production au premier défaut
(andon), les méthodes d’élimination des causes d’erreur (poka yoke),
d’analyse de problème (les 5 "Pourquoi ?... »), la ré-ingénierie
des équipements de production.
B - Les concepts fondamentaux du Lean management
La pensée "Lean" est fondée selon 4 niveaux d’analyse :
1 Une redéfinition de la valeur produite par l'entreprise [4],
2 Le développement d’un schéma productif caractéristique [5],
3 Le développement d’attitudes managériales originales
4 La formulation d’une stratégie à long terme [6]
C'est précisémment l’attitude managériale qui nous semble être au
coeur du système et de son succès :
- Les managers et les travailleurs doivent trouver et éliminer les
causes profondes des problèmes dès que ces derniers surviennent ;
- Chaque employé est incité à réfléchir et à proposer des améliorations
du système productif. Ceci débouche sur des chantiers ponctuels d’amélioration
(kaizen) ;
- Le management doit se dérouler « sur le terrain », car seule l’expérience
directe des situations de crise permet un diagnostic efficace (genchi
genbutsu) ;
- Les décisions sont nécessairement adoptées par consensus ;
Sur ces bases, le lean mangement est en constante évolution. Après
avoir, ces dernières années, dépassé son cadre initial –
l’organisation de la production -, elle est aujourd’hui perçue comme
une méthode pertinente pour combattre tous les types d’inefficacité :
l’intérêt pour le lean s’étend rapidement aux services
administratifs (Lean Office), au développement de produit (Lean
Development) et même au développement informatique (méthodes agiles).
2ème partie : Lean management : vision, valeurs et principes de
performance
Le Lean management, au delà d’être un ensemble de méthodes, repose
sur le facteur humain. Il suggère que le personnel travaille dans un état
d’esprit orienté vers la diminution du gaspillage et des pertes (de
temps, de matières, d’argent …).
Une motivation sans faille et un comportement adapté des acteurs sont
donc indispensables pour une application efficace.
La mise en place d’un système de lean management vise donc in fine une
augmentation de la performance économique de l’organisation.
A nouveau, on retrouve ici le principe fondamental de la Haute performance
à savoir :
La réussite d’un individu, d’une équipe ou d’une organisation ne dépend
pas :
- d’une démarche (lean management, Total Quality management ou autre),
- d’un système (structure de l’organisation, système
d’information,…),
- ni d’une méthode (Kaizen, Juste-à-temps, 6 sigma,…).
La réussite repose avant tout sur une vision, elle-même façonnée selon
des valeurs partagées parmi lesquelles figurent en bonne place les
principes suivants :
- Sobriété : en première analyse, il apparaît comme une évidence que
le lean management est synonyme de sobriété dans la réalisation des
activités de production (et par extension de toute activité de
l’organisation). Sur le plan pratique, la sobriété est obtenue par la
mise en œuvre du principe « Détecter et éliminer tout ce qui est
inutile. ». La sobriété est d’ordre opérationnel.
- Apprentissage continu : chercher une amélioration continue des
pratiques et des activités suppose la réalisation d’un retour d’expérience
sur ces mêmes pratiques et activités et que l’organisation ait la mémoire
des avantages et des inconvénients (pour faire simple) de chacune
d’entre elles.
- Pro-activité : les personnes engagées dans leur activité exercent
leur imagination et leur créativité dans la recherche de pratiques et de
modes opératoires toujours plus efficaces.
La pro-activité est d’ordre motivationnel (au niveau de l’individu).
- Solidarité : seule une volonté de développer des relations
gagnant-gagnant garantit des gains de performance durables dans
l’entreprise. Ceci est vrai au niveau des relations internes à
l’entreprise comme au niveau des relations externes (clients,
sous-traitants, fournisseurs, partenaires,…). La solidarité est
d’ordre managérial.
Ainsi, l’efficacité découle de la sobriété des activités et des
processus de l’entreprise. La sobriété sans une véritable pro-activité
aboutit à un système dont la seule visée est mécaniste. L’individu
se contentera alors de chercher uniquement à éliminer les excès et les
insuffisances de la chaîne de production existante. La pro-activité
suppose que l’individu est motivé par la recherche active et opérationnel
de pratiques toujours plus performantes. De nouveaux procédés sont conçus
et expérimentés avec le risque de conclure à leur abandon. Loin de
considérer cela comme un échec, une organisation performante tirera des
enseignements utiles de cette expérience.
Pour une performance globale et durable de l’entreprise, il est
indispensable que chaque entité et chaque équipe évoluent de concert,
c’est-à-dire selon des relations gagnant-gagnant. Pour que la visée de
leurs efforts dépasse le seul cadre de leurs activités respectives, il
est de la responsabilité du management d’encourager les groupes de
travail transverses qui permettront de découvrir des solutions nouvelles
car différentes de la seule somme des résultats des travaux entrepris
par chaque entité et chaque équipe. Il est donc à retenir ici que si la
compétition interne peut parfois provoquer une certaine émulation et
donc favoriser la mise en place de procédés plus performants, il serait
tout à fait contre-performant que celle-ci se produise au détriment de
la solidarité des acteurs qui seraient incités à développer des
relations gagnant-perdant préjudiciable à l’ensemble de
l’entreprise.
3ème partie : Les facteurs clés de succès du lean management
Ainsi, l’efficacité d’un tel système repose sur un alignement de la
vision, des valeurs et des principes de l’individu sur ceux de
l’entreprise afin de garantir son meilleur engagement dans les activités
qui lui sont confiées.
Le sentiment de réaliser sa propre vision, conformément à ses propres
valeurs et en exerçant son activité selon ses propres principes est
facteur déterminant de la motivation de la personne humaine.
La reconnaissance de l’individu comme levier fondamental de la
performance globale de l’entreprise ne peut donc être concrétisée que
sur la base d’une compréhension de la motivation de chaque personne.
Affirmons-le immédiatement, il n’est pas question de concevoir que la
vision, les valeurs et les principes d’un individu soient malléables et
ajustables à ceux de l’entreprise. Il est question ici d’étudier en
quoi et comment ils peuvent coïncider. Par « alignement », nous
entendons ici la recherche d’une adéquation (principe «
gagnant-gagnant »).
Les premières questions à se poser avant de décider de la mise en place
d’une démarche semblable peuvent donc s’exprimer ainsi :
- Les collaborateurs de l’entreprise se sentent-ils en phase avec le
projet d’entreprise ?
- Comment améliorer et assurer durablement cette adéquation ?
Nous ne présenterons ici que quelques-uns des éléments de réponse à
ces deux interrogations. Une réponse complète nécessiterait de plus
longs développements et dépasseraient le cadre de cet article. De plus,
chaque secteur d’activité et chaque organisation étant spécifiques,
une telle réponse ne peut être pertinente qu’à la condition d’être
adaptée à un contexte, une activité et une culture d'entreprise donnés.
• Phase d’audit-diagnostic de la satisfaction / motivation des
collaborateurs
A la première interrogation posée ci-dessus, considérons très
classiquement que seul un diagnostic complet de la motivation des acteurs
permet d’apporter des réponses précises, sur la base notamment :
- D’indicateurs issus du Tableau de bord RH : taux d’absentéisme,
turn-over, grève,…
- D’un recueil d’analyses menées par les managers (recueil sous forme
de conduite d’entretiens).
- D’une enquête de satisfaction / motivation des managers et des
collaborateurs.
Là encore, n’oublions pas que la démarche de diagnostic ne peut
aboutir aux résultats escomptés qu’à la condition d’être menée
selon une manière adaptée à l’entreprise et à la situation considérées.
La qualité de l’écoute et le choix des modalités de communication
lors de la réalisation de la phase d’audit seront déterminants dans la
mesure où l’adhésion des acteurs est un pré-requis à l’ensemble de
la démarche.
• Phase d’accompagnement
Selon les recommandations issues de la phase précédentes, un plan
d’accompagnement des acteurs sera établi. Des publics cibles
prioritaires feront l’objet d’une attention particulières en raison
d’une démotivation avérée ou d’un risque élevée de démotivation.
Il va de soi que des mesures soient prises en vue d’améliorer immédiatement
leur satisfaction (rémunération, conditions de travail,
reconnaissance,…)
Toutefois un accompagnement de fond est indispensable. Rappelons en
d’autres termes que l’objectif ici est d’amener chaque acteur à ne
plus se demander « Je me demande ce que je fais ici ?... » et à ne plus
affirmer avec amertume « Je fais juste ce qu’il faut, qu’on ne m’en
demande pas plus ! ».
Nous préconisons ici de revenir au niveau de la personne et de reconnaître
ses spécificités et son unicité. L’accompagnement du changement
concerne un changement d’attitude et de comportement et non plus un seul
changement organisationnel (restructuration) ou de méthode comme il a été
souligné plus haut.
La première action « pédagogique » d’un tel accompagnement est de
conduire chacun(e) à exprimer explicitement sa vision (de ce qu’il ou
elle aimerait vivre professionnellement), de ses valeurs essentielles et
de ses principes d’action. L’acteur formalisera ainsi un « projet
individuel » (terme sans doute préférable à celui de « mission » qui
peut comprendre des connotations négatives).
Dans un second temps, il conviendra d’étudier au cas par cas, comment
positionner ce projet individuel dans le projet d’entreprise. C’est la
personne elle-même qui se (re) positionne dans l’organisation en
(re)donnant du sens à son activité au sein de l’entreprise. Une mise
en adéquation de l’entreprise et de l’individu, un alignement,
commence à être opéré.
Cette phase d’accompagnement concerne l’ensemble des acteurs : les
collaborateurs bien sûr mais aussi l’ensemble des managers.
Donner du sens ne peut être obtenu durablement qu’en créant du lien :
c’est reconnaître là l’inter-dépendance de tous les acteurs. Le
changement « culturel » et « comportemental » ainsi visé peut ne pas
prendre autant de temps qu’on pourrait le croire : l’individu en tant
que personne humaine est le plus puissant des leviers. Prendre le temps de
son écoute, de sa considération et de son accompagnement coûte certes
un peu de temps aujourd’hui mais conduira à en économiser beaucoup
demain et après-demain…
Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
www.haute-performance.fr
Références :
[1] "Lean" : qualificatif donné par une équipe de
chercheurs du MIT au système de production Toyota sans que cette équipe
ait eu une vision globale du système. A l’origine le TPS a été créé
par Sakichi Toyoda, puis par son fils Kiichiro Toyoda, et enfin par son
neveu Eiji Toyoda, assistés par un ingénieur surdoué Taiichi Ohno.
Quand en 1972 après 25 ans d’efforts le système fut déployé depuis
la fabrication des moteurs jusqu’à la fin de la ligne d’assemblage
chez Toyota, une cellule de 12 consultants internes (dont Fujio Cho,
Hajime Ohba, etc.) fut créée (l’OMCD) pour aider les fournisseurs de
Toyota à livrer des produits de qualité en juste-à-temps. Chacun de ces
consultants s’occupa d’un fournisseur principal. Ensuite Hajime Ohba
fut chargé de créer le TSSC, cellule de support pour les fournisseurs de
Toyota aux États-Unis. C’est dans cette cellule que John Shook et James
(Jim) P. Womack furent formés, selon les méthodes de Hajime Ohba. Ceci
explique le fait que certains « outils lean », tels que le MIFA, ne
soient pas connus chez Toyota, le savoir initial de Ohno s’étant perdue
lors des différentes étapes de transmission entre des personnes, et
celles-ci ayant inventé de nouveaux outils. Aujourd’hui le TSSC est une
entreprise indépendante de Toyota. De nombreux consultants américains
n’ont eu comme formation que celle du TSSC, sans pratique sur le
terrain, et ont créé des cabinets qui sous l’appellation « lean »
sont loin des pratiques originelles du TPS. (source : wikipédia)
[2] Gaspillages : muda en japonais. Il a été défini 7 catégories
de gaspillages :
- productions excessives,
- délais d'attentes,
- transports et manutentions inutiles,
- tâches inutiles,
- stocks,
- mouvements inutiles,
- productions défectueuses.
[3] le "temps Takt" est défini comme "le délai maximum nécessaire
à la réalisation de chaque unité de production". Le mot
lui-même vient de l'Allemand Taktzeit ou "cycle temporel".
[4] Une redéfinition de la valeur produite par l'entreprise :
- la valeur ajoutée d’un bien doit être définie du point de vue du
client ;
- l’entreprise doit assurer un écoulement sans interruption de la
valeur le long de sa chaîne de production (en termes plus triviaux, on
fait la « chasse aux stocks »).
[5] Le schéma de production :
- l’entreprise produit en « tirant » sa production en fonction de la
demande et non en « poussant » en fonction des capacités locales de
production ;
- les tâches productives sont standardisées de manière à faciliter
l’amélioration continue par suppression des tâches non créatrices de
valeur ;
- l’entreprise entretient une relation partenariale riche avec ses
fournisseurs et les incite à adopter ses méthodes de production ;
[6] La stratégie à long terme :
- l’entreprise doit privilégier les enjeux de long terme en explicitant
son objectif global et en l’inscrivant de façon soutenable dans
l’avenir ;
- l’entreprise doit rechercher en permanence l’excellence.
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