Vendredi 17 juillet 2009

Coaching de la performance durable

I - Encore des coachs !!... (soupirs)



On est tous (ou presque…) d’accord sur le sujet.

Trop de coachs tue le coach. Le terme lui-même serait largement galvaudé. Issu du milieu sportif américain (on pense à l’entraîneur de base-ball ou de football américain qui harangue son équipe, la bouscule, la cajole aussi pour l’emmener à son plus haut niveau), le « coaching » a débarqué en France au milieu des années 90. Son usage s’est généralisé au cours des 10 années qui suivirent jusqu’à être employé à tout va.

Les managers d’entreprises ont leurs coachs en communication, en gestion de crise, gestion du stress, du temps… Les étudiants ont leurs coachs en anglais, en mathématiques, en histoire-géo… Tout un chacun est sollicité pour faire appel aux besoins d’un « coach de vie », d’un coach en « bien-être »,…

Non, les exemples ne manquent pas : il suffit de jeter un coup d’œil aux publicités, vous trouverez des coachs là où jusqu’à présent nous avions des tuteurs, des formateurs, des enseignants, des professeurs, des experts ou des conseils. Le coach se définirait-il par l’individualisation de la relation ? Pas évident du tout car l’expert ou l’enseignant se limitaient-ils à la relation au groupe sans tenir compte des spécificités de chacun ? Non, bien sûr…

C'est donc, pour une large part, affaire de mode. Le terme résistera-t-il au temps ? Les nouvelles générations l'incorporont-elles dans leur vocabulaire courant ? Et au-delà de la terminologie, le besoin d'un "accompagnement" potentiellement dans tout domaine s'inscrit-il dans notre société ? Peut-être... A voir...


II - Alors, c’est quoi un coach ?


L’un des promoteurs du « coaching », américain bien sûr, dénommé W.T. GALLWEY [1] a très tôt proposé une définition forte. Avant de la rappeler ici, précisons que Gallwey, passionné de golf, de tennis et de ski a rédigé 3 ouvrages principaux chaque fois intitulés « Inner… » (« Inner golf », etc…).

Le mot inner fait référence au point de vue interne du joueur ou, pour reprendre les termes de Gallwey, à « l’adversaire qu’on porte en soi » et qui est bien plus redoutable que celui qui nous donne la réplique.
Il pose que si l’entraîneur parvient à amener son élève à lever ou à contrôler les obstacles intérieurs qui l’empêchent d’atteindre son niveau optimum de performance, le potentiel naturel de cet élève se manifestera sans qu’il ait besoin d’un apport technique massif de l’extérieur.

Le but du travail d’entrainement ( coaching ) est de favoriser la manifestation du potentiel du joueur pour le porter à son niveau de performance optimal. Il s’agit de lui apprendre à apprendre par lui-même plutôt que de lui faire ingurgiter un savoir extérieur. Ainsi, très tôt, GALLWEY a diffusé des explications et des démonstrations de ce qu'est la clé fondamentale de tout apprentissage : la capacité à intérioriser le besoin d'apprendre. L'apprenant étant non seulement avide de progresser mais, plus encore, il se doit d'exercer un rôle moteur pour évoluer.

Notons au passage que cette vision est très proche de la vision bouddhique de la voie menant à l’éveil à notre nature profonde : l’accumulation d’informations ne touche que la superficie de l’individu et ne l’amène à aucune évolution réelle. Le sens du dépouillement n’est pas à rechercher dans une attitude mortifère d’appauvrissement mais dans le sens très positif (conscient et proactif) d’élagage de tout ce que nous ne sommes pas (mais auquel nous nous sommes inconsciemment identifiés).

Ceci étant dit, revenons à Gallwey. Bien entendu, sa vision ne cadrait pas exactement avec les habitudes de l’époque (nous étions au milieu des années 70). Les autres entraîneurs sportifs qui ne croyaient qu’en l’apprentissage et la répétition du geste technique lancèrent une polémique sur ce sujet.

Comprenons bien la « révolution » (ou changement de paradigme) apportée par Gallwey.
Jusque-là, le coach (sportif) avait pour fonction principale d’encourager la motivation (volonté, détermination, esprit d’équipe,…) et d’enseigner « le » geste technique qui convenait. Par bien des aspects, il s’agissait d’une vision « tayloriste » : l’encadrant, celui qui sait donc, standardise la « bonne manière » de faire et de manière industrialisée l’enseigne aux autres.

Gallwey suggérait seulement qu’ils pourraient intervenir plus efficacement en changeant d’angle d’approche. Il part du principe que chacun a sa propre manière d’agir, la plus conforme à ce qu’il est. Mais, le résultat de notre milieu, de notre éducation, fait que les gestes que nous effectuons ne nous appartiennent pas vraiment et qu’au fond, notre engagement dans l’action est limité du fait que les gestes effectués nous sont fondamentalement « étrangers ».

Le coach aurait dès lors comme fonction de favoriser l’émergence d’un geste « naturel » plutôt que de dicter ce que devrait être ce geste. Son intervention serait dictée non plus sur le moyen (c’est-à-dire le geste standard qu’il convient d’apprendre) mais sur le but (un geste qui aboutit au résultat escompté).


III. Le « geste naturel » pour une performance durable !


Les principales caractéristiques de ce « geste naturel » seraient : la spontanéité, la rapidité, la fluidité et par-dessus tout la réussite !

Au passage, on pourra sans doute utilement s’interroger sur la différence des zones corticales sollicitées par chaque approche (ancienne, « tayloriste » d’une part et celle de Gallwey d’autre part). Il est fort possible que l’approche de Gallwey sollicite les zones corticales les plus profondes (instinctives) tandis que l’approche ancienne fasse plutôt appel aux zones les plus superficielles du cerveau (néo cortex : intellectualisation).

Quelle est l’utilité d’une réflexion sur les zones corticales en jeu ? On se rappellera seulement que les zones les plus profondes sont les moins propices au changement (donc à l’abandon des « mauvaises » habitudes). En conséquence, l’émergence du « geste naturel » peut être un peu plus longue que l’apprentissage de techniques toutes faites. Mais lorsque le geste naturel est acquis, il l’est de façon quasi-définitive contrairement aux techniques issues de l’imitation « artificielle »).

Ouvrons ici une parenthèse pour illustrer concrètement ce principe.

En matière d'étude et d'apprentissage des arts martiaux traditionnels japonais (judo, karaté, aikido pour les plus connus), un constat tout à fait similaire est observable depuis quelques années. Il existe désormais une alternative à l'apprentissage traditionnel reposant sur la répétition doctrinaire d'enchainements codifiés contenant les principes et les techniques de la discipline étudiée : la répétition du geste étant sensée mener "automatiquement" à la compréhension des principes sous-jacents.

De nouveaux modes d'apprentissage sont désormais proposés par des experts japonais. Fondées sur la recherche d'un geste "naturel" (non robotisé), de telles démarches conduisent à un apprentissage pouvant paraitre un peu plus long que certaines manières habituelles de faire. Cependant, l'efficacité ainsi obtenue est indéniable [2].

Cependant, chaque modèle a ses limites. Et tous ont en commun les limites qu'imposent les facultés de chacun(e) et l'engagement dans des efforts propices à une évolution.


4. La transposition au coach d’entreprise


Si le coach en entreprise possède, dans son domaine d’intervention, la même fonction que le coach sportif tel que défini par Gallwey, combien de « consultants-coachs » pourront encore légitimement revendiquer ce qualificatif ?

Quels usages des techniques et méthodes de « développement personnel » résisteront à la définition proposée par Gallwey ? Je pense notamment à celles qui « définissent » la personnalité, le rôle ou le comportement d’une personne. Ces méthodes posent d’emblée l’existence d’un nombre fini et limité de catégories de classification des individus.

La dérive évidemment trop souvent constatée conduit à enfermer chacun(e) dans une case bien définie quand bien même le discours ambiant consiste, en substance, à dire qu' "il ne faut pas prendre les résultats au pied de la lettre, il ne s'agit là que de tendances...". Car dire à une personne "Toi, tu es ceci donc il faut que tu fasses cela" est plutôt hasardeux et source de confusion donc d'erreur.

Au contraire, un coach (au sens que nous lui donnons désormais) saura utiliser ces méthodes non pas pour stigmatiser des catégories d’individus mais beaucoup plus comme un axe de travail sur soi pour les personnes qu’il accompagne. Le résultat de ces méthodes ouvrira à une réflexion sur les moyens d’une évolution dont le principal concerné (l'apprenant) restera maître !

Il serait paradoxal de prétendre développer la pro-activité de qui que ce soit (un manager par exemple) tout en conservant un ascendant sur cette personne. Cela reviendrait à ordonner « Sois libre ! ». Aberrant, n’est-ce pas ? N’y-a-t-il pas quelque perversité dans la situation où une personne affirme avec le sourire « Je ne peux plus me passer de mon coach ! ». Inquiétant , non ?...

Le coaching devrait, en principe, conduire à une libération et non pas à un asservissement, en aidant la personne à (re)trouver ses propres repères pour élaborer ses propres décisions. Pour le coach, c'est alors une question d'exigence d'intégrité et de discipline : autant de risques de dérives.



Erwan BUREL - www.haute-performance.fr
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
contact : erwan.burel@haute-performance.fr

Nota : cet article est une version augmentée d'un article initialement publié le 15 janvier 2009

Références

[1] W. Timothy GALLWEY, auteur américain des best-sellers "The inner game of tennis" (1974) et"Inner skiing" (1977).

[2] Il est fait notamment référence aux maitres Kuroda, Kono et Hino. Cette énumération n'étant pas limitative.
De plus, la notion d' "efficacité" dans ce domaine, comme dans tout autre, peut varier selon les valeurs des parties prenantes et donc sur les critères, les indicateurs, les mesures et les interprétations qui en découlent. Ce qui appelle la plus grande prudence quant à l'expression des opinions et des jugements que toute personne serait enclin à émettre..

Poster un commentaire

Partager

© Haute Performance - Erwan BUREL - mentions légales